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Des révoltes qui font date #09

6 juin 2013 // Révélations d'Edward Snowden sur la surveillance de masse exercée par la NSA

Citizenfour
Masques Edward Snowden
Le 6 juin 2013, alors que l’ancien agent de la CIA Edward Snowden élit domicile dans une chambre de l’Hôtel Mira à Hong Kong, le journaliste Glenn Greenwald procède, dans les pages du Guardian, à la première d’une longue série de révélations concernant les agissements occultes de la National Security Agency (NSA) à l’encontre des citoyens américains.

Plusieurs jours avant la publication de ces informations dans la presse mondiale, Edward Snowden fuit les États-Unis en possession d’un disque dur crypté renfermant des documents classifiés, exfiltrés de son poste de travail au sein des infrastructures de la NSA situées à Hawaï. Sa décision de s’exiler à Hong Kong est motivée par la promesse d’un territoire échappant à la sphère d’influence des États-Unis et, dans une certaine mesure, de la Chine. Ayant atterri le 20 mai 2013 à Hong Kong, Edward Snowden ne quitte pas sa chambre d’hôtel jusqu’au 2 juin, jour d’arrivée de Glenn Greenwald et de la documentariste Laura Poitras, dont les images captées entre le 3 et le 9 du même mois serviront de matériau principal à la réalisation de son documentaire baptisé Citizenfour.

Edward Snowden et Glenn Greenwald

Edward Snowden et Glenn Greenwald à l’Hôtel Mira, Hong Kong

Avant de tirer un trait sur sa carrière – ainsi que, de manière générale, sa liberté – en se réfugiant à Hong Kong, Edward Snowden se cacha derrière le pseudonyme de « Citizenfour » afin d’entrer en contact avec Glenn Greenwald et Laura Poitras. L’analyste de la NSA emprunte ce surnom en référence aux lanceurs d’alerte Thomas Drake, Daniel Ellsberg et Anthony Russo, dont il viendrait gonfler les rangs en tant que « quatrième citoyen ». Davantage encore que des personnalités comme Julian Assange et Chelsea Manning ayant fait l’objet d’une actualité brulante, c’est à ce trio que semble s’identifier Edward Snowden. C'est à l’économiste Daniel Ellsberg et son ami Anthony Russo – considérés comme les premiers lanceurs d’alerte – qu'on doit la révélation des Pentagon Papers au New York Times en 1971. Quant à Thomas Drake, ancien cadre supérieur de la NSA, il est connu pour avoir dénoncé le Trailblazer Project, un programme d’écoute électronique lancé dès la fin des années 1990 par son propre employeur.

Daniel Ellsberg

Daniel Ellsberg, considéré comme le premier lanceur d'alerte

Selon les mots d’Edward Snowden dans son livre autobiographique intitulé Mémoires vives, Laura Poitras était « déjà dans le viseur de la sécurité nationale », bien avant que tout contact s’établisse entre eux au sujet des documents classés secret-défense subtilisés par l’analyste de la NSA. Celle-ci avait notamment réalisé le film documentaire My Country, My Country (2006), décrivant les élections nationales irakiennes de 2005 organisées sous occupation américaine. Ce qui retint tout particulièrement l’attention d’Edward Snowden fut vraisemblablement l’un de ses films les plus récents, à savoir The Program (2012), portrait du crypto-mathématicien William Binney, un ancien employé de la NSA ayant participé à la création du programme Trailblazer et qui, par ailleurs, apparaîtra à de multiples reprises dans le futur documentaire oscarisé de la réalisatrice.


Arrêtée et interrogée par les autorités à de multiples reprises chaque fois qu’elle quittait les États-Unis, Laura Poitras faisait office d’interlocutrice idéale pour Edward Snowden, dans la mesure où elle semblait n’avoir cure de déplaire au gouvernement américain, au contraire de la plupart des médias nationaux d’envergure. A l’heure d’immortaliser les images de cette série d’entretiens qui eurent lieu à l’Hôtel Mira de Hong Kong, la complémentarité entre la documentariste et le journaliste Glenn Greenwald s’est révélée, a posteriori, extrêmement précieuse afin de donner corps à une situation à laquelle le grand public ne se confronte habituellement qu’au travers d’un certain cinéma de genre.

Laura Poitras

Laura Poitras, réalisatrice de Citizenfour

Après My Country, My Country (2006) précédemment évoqué, et Death of a Prisoner (2013) – portrait d’un ancien détenu de la prison de Guantanamo – Citizenfour se présente comme le dernier opus d’une trilogie sur les États-Unis post-11 septembre. Narratrice de son propre film, la documentariste entame ce dernier par l’énonciation, en voix off, de ce qui constitue la genèse de ses contacts avec Edward Snowden : un premier e-mail crypté signé par l’énigmatique « Citizenfour ». Si ce dispositif évoque davantage l’introduction d’un objet fictionnel plutôt que documentaire, les précautions infinies employées par le lanceur d’alerte afin d’approcher son interlocutrice – d’ores et déjà surveillée par le gouvernement – sont à mettre en regard des risques, bien réels, encourus par l’un et l’autre des protagonistes d’une histoire si bien ficelée qu’elle ne peut être que vraie…


Texte : Simon Delwart


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