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Critique

« Les vieux fourneaux 2 : Bons pour l’asile », un film de Christophe Duthuron

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France, migration, bande dessinée, solidarité, sans abri, héritage, sans-papiers, Désertification, vieux, Campagnes

publié le par Yannick Hustache

Quand les choses se compliquent sur Paris pour nos vieux fourneaux, il est toujours temps de se replier sur Moncoeur... Surtout quand c’est le temps des élections !

Sommaire

La grande vadrouille

C’est la routine à Paris pour Pierrot (Pierre Richard) qui mène toujours son gang de vieux en colère dans des actions et coups d’éclats revendicatifs quasi quotidiens qui les conduisent invariablement… au poste de police ! C’est que dans la France frileuse et repliée sur-elle-même au sein de laquelle ils vivent, migrants, sans-papiers (et sans-abris) font les frais d’une politique d’accueil hyper-restrictive et sont menacés à tout moment d’être reconduits aux frontières. Et quand ce militant des causes sensibles au grand cœur - mais têtu comme une mule et impulsif comme un comme un toutou affamé devant un os de tibia tout frais - apprend que le quartier général de leurs actions, qui héberge (entre autres) une demi-douzaine de réfugiés en demande de régularisation, est menacé d’expulsion, la seule solution à ses yeux est d’emmener tout ce beau monde (six au total) à la campagne. Faut dire que ce havre d'humanité et de solidarité, fait un peu tache dans ce quartier chic et bourgeois où il est niché, et que l’un des légataires de la vieille dame fortunée (Fanfan, Claire Nadeau) qui en est l’unique propriétaire, veut envoyer celle-ci à l’asile sous prétexte d’être abusée par une bande de branquignols gauchistes et séniles...

Douce France

Pendant ce temps-là, dans le village du Sud-Ouest de Montcoeur, en ce début d’automne encore doux et ensoleillé, Antoine (Bernard Lecoq) tente de préserver son mode de vie pépère tout en jouant les papy-gâteaux (mais pas trop quand même) pour sa petite fille, et qu’il héberge déjà Emile ou Mimile (Eddy Mitchell) revenu au bled pour déclarer, à un rythme journalier, sa flamme à la peu commode Berthe (Myriam Boyer), qui le lui rend si bien … Avec d’une pelletée de fumier à chacune de ses visites ! Quant à Sophie (Alice Pol), elle se demande toujours, entre deux spectacles de marionnettes, comment faire pour récupérer en douce les fonds secrets des Garan-Servier planqués dans une banque en Suisse (voir premier film).

D’autant que l’arrivée de « l’express incognito de Paris » se passe quelques semaines avant les prochaines élections municipales, et où l’unique liste en lice, menée par l'inénarrable Larquebuse, le maire en place depuis des décennies, brigue un énième mandat dans un village devenu bien triste, sans grand commerces et services locaux pour l’égayer. Et avec de surcroit l’ombre d’une possible extension des activités des entreprises Garan-Servier, susceptible de mettre à mal le cadre paysager de tout ce petit monde.

Quelques messieurs (et mesdames) trop tranquilles

Mais à peine débarqués chez Antoine, Papy Sitter de circonstance quand Sophie est en tournée/stage (en fait filée en douce vers la Suisse récupérer son magot), nos huit réfugiés qui se font bien plus discrets que les très bruyants et pique-assiettes de seniors qui les accompagnent, se voient obligés de retraiter vers la ferme (et musée des objets anciens) de Berthe tant les voisins, la mairie et la maréchaussée finissent par avoir des soupçons que quelque chose de forcément inhabituel s'y trame. Un véritable mini séisme culturel et politique qui va mettre en ébullition ce petit coin d’une France qui en avait peut-être bien besoin.

Cette seconde adaptation au cinéma pour l’un des gros succès BD (Les Vieux fourneaux 6, tomes parus) de librairie de ces dernières années signé Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, Les Vieux fourneaux 2 ; Bons pour l’asile (le film) reprend le titre du tome 5 mais prend tant au niveau scénario que de la toponymie, quelques libertés entièrement justifiées. Côté casting, c’est un Bernard Lecoq sans – presque - une once d’ironie ( !) qui remplace Roland Giraud dans le rôle d’Antoine, le seul de ces septuagénaires suractifs, et vieux potes d’enfance qui n’ont pas viré la cuti de leurs engagements de jeunesse (enfin c’est ce qu’ils disent), a avoir assuré sa descendance…

Comme d’ailleurs le film éponyme précédent, Les Vieux fourneaux 2 ; Bons pour l’asile, échappe à la malédiction des adaptations cinéma de l’école dite franco-belge, régulièrement proches du degré de nullité maximal (Boule & Bill, Les Aventures de Spirou et Fantasio…), tout en se positionnant clairement comme une comédie familiale grand public. Au passage, un œil, même distrait remarquera que le découpage des séquences du film suit une logique de plans fixes rappelant le format des grandes cases des albums de papier.

Vieux, oui ! Cons, pas encore (ou si peu) !

Et mine de rien, Christophe Duthuron place au cœur de son récit une réalité toujours aussi clivante dans la France (ou l’Europe) d’aujourd’hui, celle de l’immigration et de l’accueil des réfugiés en général. Sans moralisme béat ni condamnation facile, le film se propose, selon ses moyens, d'essayer de changer le regard sur l’autre. La demi-douzaine de clandestins débarqués ne sont ni des anonymes et encore moins des stéréotypes sur-mesure, mais bien des individus aux facettes multiples et faiblesses propres, évoluant et se révélant même, à mesure que l’histoire s’écoule. On suit les deux inséparables Africains et véritables chirurgiens mécaniciens capables de redonner vie aux moteurs les plus récalcitrants ou vétustes, les angoisses légitimes du couple originaire du Moyen-Orient pour leur bébé à venir, ou encore cet autre étudiant (?) syrien toujours en proie à des bouffées de stress post-traumatiques. Des gens comme les autres, et vous et moi, mais pris dans le tourbillon d’histoires dramatiques que le cinéaste utilise aussi comme miroir de notre propre défiance naturelle un peu ridicule. Au passage, les remarques et réflexions de notre duo de mécanos à propos des us et coutumes de la France profonde et de ses habitants sont parmi les plus belles trouvailles humoristiques du film.

Leur arrivée, ou plutôt la révélation de leur présence à Moncoeur en pleine montée de fièvre électorale agite un petit village sclérosé, vieilli et vidé de l’essentiel de ses commerces, et victime d’un exode rural massif. Ici aussi, l’approche sera comique et doucement poétique, pas en mode nostalgie façon journal de 13 heure sur TF1 durant trop d’années, mais sur une note ténue d’espoir (nouveaux habitants = nouvelles énergies). Et la critique du système politique et électoral, de son manque de renouvellement et d’idées (girouettes) se fait sur un mode quasi burlesque : de Moncoeur à Montcul, la distance est bien plus courte qu’on ne le croit.

Quant au trio Antoine/Pierrot/Emile/, il fonctionne plutôt bien, surtout quand il abandonne le régime survitaminé un poil systématique (est-ce bien raisonnable quand on a 88 ans Mr Pierre Richard ?) de ses apparitions, mais on aimerait voir les deux premiers adopter un nuancier d’émotions un peu plus large ou nous surprendre davantage. Comme le fait Mimile (Eddy Mitchell, juste parfait) dans son rôle d’amoureux octogénaire stoïque que rien ne décourage. Côté second rôle, si claire Nadeau est idoine dans son habituelle partition de vieille héritière pas si folle, c’est Myriam Boyer campant une rude Berthe, qui va se révéler être carrément le personnage le plus attachant (et surprenant) du film. C'est grâce à elle et à ses talents cachés que les nouveaux arrivés sont acceptés dans le village. Là où Alice Pol (Sophie) peine encore à trouver ses marques en marionnettiste qu’on ne voit jamais au travail, mais surtout héritière chanceuse et secrète d’un plantureux magot qu’elle perd et regagne plus par opportunisme que par l’expression d’un talent quelconque…

Une « suite » sympathique et familiale qui a peut-être plus de corps que son prédécesseur, mais qui séduit davantage par ses nuances de tonalité, observations, assertions, détails et son optimisme mesuré mais constant, que dans la gouaille infantile et indestructible de nos vieux fourneaux jamais remisés…

Les vieux fourneaux 2 ; Bons pour l’asile, Christophe Duthuron

France - 2022- 1h37

Texte : Yannick Hustache

Crédits photos: : Athena Films

Agenda des projections

Sortie en Belgique le 17/aout 2022, distribution Athena Films

En Belgique francophone, le film est programmé dans la plupart des salles et à Bruxelles

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