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Critique

« Hope » : jusqu'à ce que la mort les sépare

Hope

fiction, mariage, famille, maladie, Danemark, couple, cancer, Hope

publié le par Simon Delwart

Second long métrage de la réalisatrice danoise Maria Sødahl, « Hope » porte un regard neuf sur une thématique qui a largement inspiré le septième art avant lui : l'amour à l'épreuve de la maladie et, son pendant, la perspective du décès d'un être aimé.

Sommaire

Les sentiments à l’épreuve de la maladie

Dramaturge de profession, Anja Richter est une femme quadragénaire condamnée à ne jamais fêter ses cinquante printemps. Pour cause : elle est atteinte d’une tumeur au cerveau, conséquence d’un cancer longtemps cru en rémission, finalement mué en métastase. Si cette situation recèle assurément son lot de fluctuations émotionnelles dans le chef d’Anja, il n’en va pas différemment pour son mari, Tomas, et leur pléthore d’enfants et de beaux-enfants, lesquels forment ainsi une famille recomposée des plus fonctionnelles, au moins en apparence.


Néanmoins, c’est essentiellement à l’aune du couple formé par Anja et Tomas qu’est ici considéré le potentiel de dévastation que ne manque jamais de constituer la maladie d’un proche sur son entourage. Thématique largement rebattue par l’art cinématographique, sans pour autant qu’elle soit, de façon péjorative, usée jusqu’à la corde, l’amour à l’épreuve de la maladie traverse les filmographies respectives de cinéastes contemporains chevronnés tels que Richard Glatzer et Wash Westmoreland (Still Alice, 2014), Felix Van Groeningen (The Broken Circle Breakdown, 2012) et Michael Haneke (Amour, 2012), pour ne citer que ceux-là.

Hope

Liste, non exhaustive, à laquelle vient désormais s’agréger Maria Sødahl, réalisatrice de Hope. Dans ce dernier, l’implosion du couple ne déroge pas à la règle qui semble régir l’évolution des relations conjugales en pareilles circonstances. En cela, Hope entretient un rapport étroit, toutes proportions gardées, avec The Broken Circle Breakdown : quoiqu’ici la maladie, épargnant les amoureux, s’abat sur leur progéniture, l’événement y est de nature à interroger jusqu’au bien-fondé d’un couple dont la moitié est, rétroactivement, perçue comme fautive, sinon des mêmes crimes, au moins d’avoir failli à l’autre. Ainsi, dans l’un et l’autre cas, c’est devant la fatalité que s’expriment les griefs jusque-là enfouis, plus ou moins profondément.


De futurs orphelins

Pierre d’achoppement presque incontournable, les répercussions de la maladie sur la descendance d’Anja et Tomas ne pouvaient être entièrement éludées par le film. Une séquence, pour le moins conventionnelle dans sa mise en scène, y est ménagée pour figurer l’annonce faite au reste de la famille. Celle-ci constitue d’ailleurs l’un des points de bascule de l’œuvre, instant depuis lequel Anja semble accepter son sort et qui, se produisant, est prompt à générer chez le spectateur – enfin, dirait-on – une once d’empathie pour les protagonistes. Car il est vrai que cet aspect faisait défaut jusqu’alors. En cause, une phase d’exposition lapidaire du personnage d’Anja, laquelle apparaît malade avant d’être humaine, en proie à un mal d’autant plus intangible qu’il est soudain et incurable.

Hope

Mais si le coming out d’Anja à ses enfants parvient à conférer au film une juste dose d’affect, celui-ci pose avant tout les bases sur lesquelles Maria Sødahl bâtira son véritable propos. On n’épiloguera pas sur la réception, pudique et quasi sans heurts, d’une confession faite dans un style aussi convenu que laconique. En ce sens, le cinéaste Richard Glatzer élabore davantage cette dimension dans Still Alice, film déployant l’actrice Julianne Moore dans le rôle d’une linguiste de renommée mondiale, atteinte de la maladie d’Alzheimer. C’est par la dimension héréditaire de cette pathologie qu’y sont alors traités à la fois son impact sur les vies privées respectives des enfants et, de façon plus générale, la relation du parent à sa postérité, laquelle s’en trouve durablement altérée.


Dans Hope, l’enjeu parental est davantage considéré sous l’angle d’une mort maternelle imminente à laquelle Tomas, bien qu’obnubilé par sa carrière professionnelle, devra parvenir à pallier : objet d’inquiétude majeur pour une mère ayant, de tous temps, tenu la barre de leur foyer sans se défausser et qui, à mesure que sa fin approche, ne peut que redouter la parentalité en dilettante d’un mari absent.


Sermon et mea culpa

L’un des mécanismes les plus habiles du film réside en ceci : Maria Sødahl, tout du long et malgré une réalisation consensuelle, parvient à semer son public par l’écriture, laquelle est, par ailleurs, directement inspirée de sa propre histoire. En tant que spectateur, on est alors tenté de croire, par habitude ou par naïveté, que l’objet de Hope est à situer tant sur la question de l’évolution de la maladie d’Anja, fût-elle incurable, que de l’impact de cette déliquescence sur ses proches. La réalisatrice s’emploie d’ailleurs à entretenir la confusion quant au diagnostic établi par les médecins, notamment à travers la perspective d’une opération propre à allonger l’espérance de vie de leur patiente. A cet égard, Amour, de Michael Haneke, se penche au chevet d’une grabataire hémiplégique qui, à la suite de plusieurs accidents vasculaires cérébraux, pousse son époux dans ses derniers retranchements, aux grands maux les grands remèdes.

Hope

S’il n’est pas question de cela dans Hope, en tous cas sous la forme tragique, voire pathétique, d’un corps dégénérescent dont le conjoint survivant ne sait plus que faire, le film se mue néanmoins en un véritable procès, celui de Tomas, lequel essuie désormais les admonestations renouvelées de sa concubine mourante. Celles-ci s’égrènent alors tout au long de l’œuvre de Maria Sødahl, à la faveur d’âpres querelles, permettant au public de porter son regard au-dedans de ce que le couple daigne laisser transparaître. Pourvu, à l’évidence, qu’on tienne compte des biais qui conditionnent leur propension à reconnaître leurs propres manquements, autant qu’à envisager leur partenaire comme la source de tous leurs maux.


Sans préjuger des torts respectifs de nos protagonistes dans ce qui semble, au moins pour Anja, constituer l’échec de leur relation, cette opposition permet à l’un et l’autre des personnages de gagner en épaisseur, Tomas à travers l’humilité de sa posture et sa volonté sincère de réussir leurs adieux, Anja par sa résolution nouvelle à la transparence, laquelle se renforce à mesure qu’elle se résigne à son sort…


Texte : Simon Delwart



Agenda des projections

Sortie en Belgique le 14 octobre 2020

En Belgique francophone, le film est programmé à Bruxelles (Stockel, Palace, Vendôme), dans le Brabant wallon (Ciné Centre et Cinéscope Louvain-La-Neuve), à Mons (Plaza Art) et à Namur (Caméo).

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