Compte Search Menu

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies permettant d’améliorer le contenu de notre site, la réalisation de statistiques de visites, le choix de vos préférences et/ou la gestion de votre compte utilisateur. En savoir plus

Accepter
Critique

L’attente – « Heimaland », un film documentaire de Dorus Masure en Ischa Clissen

Heimaland

documentaire, Belgique, Islande, cinéma en salles, volcan, volcanologie, Dorus Masure, Ischa Clissen, Katla

publié le par Anne-Sophie De Sutter

Vík í Myrdal, petite ville islandaise, vit depuis toujours dans l’attente de l’éruption du volcan Katla qui domine le paysage. Les habitants ont tenté de s’adapter à cette insécurité tout en développant le tourisme.

Une grande étendue blanche, glaciale, plongée dans la brume – telle est l’image du cratère du Katla en hiver, une zone de 10km² recouverte par l’eau gelée d’un glacier. On est bien loin du rouge flamboyant des éruptions spectaculaires qui ont été filmées par Maurice et Katia Krafft et que l’on voit dans le documentaire Fire of Love de Sara Dosa. Mais depuis quelques années, il y a des signes que le volcan pourrait se réveiller. Il a du retard : normalement une éruption a lieu tous les 60-80 ans ; or la dernière date de 1918. Elle reste encore présente dans les esprits des habitants ; la lave avait provoqué la fonte des glaces et une immense quantité d’eau s’était frayé un chemin vers la mer, emportant tout sur son passage.

Apprenant la nouvelle qu’un réveil prochain était possible, les documentaristes belges Dorus Masure et Ischa Clissen sont partis en Islande. Ils voulaient filmer la communauté de Vík í Myrdal pour montrer comment ses habitants vivaient face au monstre imprévisible. Ils ne connaissaient pas une âme sur place mais, en faisant du porte à porte et en exposant leur projet, ils ont très vite trouvé quelques personnes intéressantes à suivre. Ils ont ainsi filmé Reynir, ancien policier à la retraite, Elías, manager d’un hôtel et Barbora, jeune fille lituanienne, représentant donc trois générations.

Reynir aime survoler le Katla avec son vieil avion, s’intéressant aux signes d’une possible éruption. Il fait également des mesures dans la rivière toute proche et transmet les données à l’institut de surveillance des volcans islandais. Il n’y a pas de grande inquiétude de la part ce dernier, contrairement à certains articles alarmistes diffusés dans la presse internationale. Il en faut bien plus pour troubler les volcanologues d’un pays parsemé de plus d’une centaine de volcans qui entrent régulièrement en éruption. L’Eyjafjallajökull a marqué les esprits en avril 2010 lorsque les nuages de cendres provenant de son activité ont causé la fermeture d’une grande partie de l’espace aérien européen. En 2021, l’éruption spectaculaire du Geldingadalur a amené un très grand nombre de touristes sur place.

Elías, lui, s’intéresse au tourisme. Il doit en effet faire tourner son hôtel, dont les revenus lui permettent de vivre. La petite ville a changé depuis que des cars entiers viennent visiter la région connue pour ses rochers et ses superbes grottes qui se sont formées dans la glace et dans la lave. Il doit employer du personnel étranger, les Islandais préférant travailler dans d’autres secteurs.

Barbora, elle, a accompagné sa mère qui ne trouvait pas de travail en Lituanie. Elle a eu un peu de mal à s’adapter à son nouveau pays, trouvant les locaux un peu rustres au premier abord mais elle a finalement rencontré un jeune homme islandais dont elle est tombée amoureuse. Le documentaire les suit dans les activités de tous les jours des jeunes de la région : rouler sur la plage de nuit, se baigner dans les piscines thermales, s’occuper des moutons… Elle ne s’intéresse finalement que peu au volcan, même si une de ses amies lui raconte la légende locale qui décrit la naissance du Katla.

Dorus Masure et Ischa Clissen font le portrait d’une communauté qui vit dans l’attente, mais pas spécialement dans la peur. Quand le volcan se réveillera, ils seront prêts, comme le prouvent les mesures incessantes de son activité et les exercices d’évacuation de l’école. Peut-être perdront-ils tout, mais en attendant sa présence attire les touristes et procure des revenus à ses habitants. Les réalisateurs ont pris le parti de ne pas utiliser de voix off, de laisser uniquement la parole à Reynir, Elías et Barbora ainsi qu’à d’autres habitants de la communauté, les suivant dans leur vie quotidienne. Il n’y a pas vraiment d’histoire, juste des images parfois très banales de la pluie, de l’hôtel, d’un feu de joie (le seul feu qu’on verra dans le film), d’un élevage de moutons, des images entrecoupées par les superbes paysages de la région, la plage au sable foncé dominée par les célèbres rochers Reynisdrangar qui ont été montrés dans divers films et séries (notamment dans The Northman), les étendues d’un vert émeraude lumineux, le glacier où se mêle le blanc de la neige et le noir de la lave. Il n’y a pas d’explosion dans ce documentaire, tout est dans la retenue et l’attente.


Heimaland, Dorus Masure & Ischa Clissen

Belgique – 2022 – 1h07


Texte : Anne-Sophie De Sutter

Crédits photos : Dalton Distribution


Agenda des projections:

Sortie en Belgique le 20 juillet 2022, distribution Dalton Distribution

En Belgique francophone, le film est programmé dans les salles suivantes:

Bruxelles : Aventure

Classé dans

En lien