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Critique

Feu ! Chatterton : "L’oiseleur"

L'oiseleur Feu! Chatterton
Trois ans après le magnifique « ICI LE JOUR (A TOUT ENSEVELI) », voici le second album du quintet parisien Feu ! Chatterton. Nourri de rêveries, de littératures de poètes du XIXème siècle et de voyages entre l’Italie, la Sicile et l’Espagne, « L’OISELEUR » nous piège, tels de petits oiseaux, dans ses filets oniriques et délicats, gorgés de soleil.

Cette sorte de road trip à la fois flamboyant et tortueux, enregistré aux côtés de leur fidèle producteur Samy Osta, compte treize pépites conçues dans une maison perdue dans les Landes et un home studio parisien.

Dans un premier temps, les chansons, accrocheuses, exploitent la filière pop rock sauvage comme la planante intro « Je ne te vois plus » qui débouche sur une superbe envolée, la ballade explosive « Grace » ou l’impétueuse « Ginger », une cavale cinématique seventies mise en valeur par des chœurs féminins. Sans oublier le douloureux « Souvenir » qui cite « L’Adieu » d’Apollinaire : « Nous ne nous reverrons plus sur terre / Dit le poème / Le passé vient plus vite qu’on ne pense / À genou, j’implore ciel et mer / Et ce brin de bruyère / Un souvenir pour récompense ».


Mais, peu à peu, le groupe s’autorise quelques écarts musicaux en s’aventurant à contre-courant vers des pentes plus expérimentales et une ambiance de plus en plus électronique. Empruntant, çà et là, des chemins très variés aussi bien synth-pop (« Ana ») que krautrock (« La fenêtre »), hip-hop (« L’ivresse » et « Tes Yeux Verts »), classique, minimaliste (« Erussel Bales (Les ruines) ») ou jazz.
La dansante et éthérée « Zone libre », résume bien toutes ses explorations musicales au travers d’un texte de Louis Aragon qui sur fond de France occupée évoque le désespoir d’un cœur brisé.


Ce voyage impressionniste discrètement teinté de psychédélisme s’achève avec le dépouillé « Le départ », une très longue plage de huit minutes qui adapte trois poèmes de Paul Eluard.

Caché derrière sa plume romantique, lettrée et poétique, Arthur Teboul, notre chanteur-auteur au langage suranné et à la voix éraillée exaltée, glorifie l’amour perdu, la mort, l’absence, la solitude et les souvenirs.

D’autre part, nos quatre musiciens : Clément Doumic, Sébastien Wolf, Antoine Wilson et Raphaël de Pressigny nous emmènent dans une odyssée musicale dentelée à la fois fougueuse et apaisée, entre pop rétro et expérimentation. Nos dandys jouent avec les ruptures de ton, la majesté des cordes classiques et triturent autant claviers que guitares.

Bref, une escapade hétéroclite de haut vol, pleine de spleen, qui devrait en envoûter plus d’un.

À découvrir absolument !

Céline Lépinois.