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Critique

Hommage à un maître - « Ennio : The Maestro », un film documentaire de Giuseppe Tornatore

Ennio : The Maestro
Un documentaire de Giuseppe Tornatore sur la vie d’Ennio Morricone et un guide pour appréhender plus facilement l’œuvre du maestro.

Giuseppe Tornatore, cinéaste italien né en 1956, a marqué les esprits en 1988 avec son film Cinema Paradiso. Il avait alors fait appel à Ennio Morricone pour la composition de la musique et ceci a marqué le début d’une longue collaboration entre les deux Italiens. Il semblait donc tout à fait normal que Tornatore réalise un documentaire en hommage à son ami. Le film est construit autour d’une longue interview où on voit Morricone installé confortablement dans un fauteuil bleu. Il raconte sa vie et son œuvre avec beaucoup de vivacité et de temps en temps une touche d’émotion.

Ennio Morricone est né le 10 novembre 1928 à Rome. Enfant, il voulait être médecin et ne se destinait absolument pas à une carrière dans la musique, mais son père trompettiste l’a encouragé à étudier cet instrument dès son plus jeune âge. Il a donc fait des études musicales et a eu comme professeur au Conservatoire le compositeur Goffredo Petrassi (1904-2003) qui deviendra son mentor. Leur relation sera souvent conflictuelle : Petrassi n’accepte pas que Morricone se soit « abaissé » à composer de la musique commerciale, de la musique de film, alors qu’il aurait pu devenir un compositeur « sérieux ». Morricone se sentira souvent honteux de sa carrière, même s’il a écrit de nombreuses pièces « classiques ».

Après ses études, pour gagner sa vie, Morricone devient arrangeur de chansons pour la RAI, la radio et télévision italienne. En 1961, il signe sa première composition pour un film, Il federale de Luciano Salce. Même si ces musiques sont plus légères, il y insuffle des idées très novatrices pour l’époque, utilisant des instruments inédits (deux boîtes de conserve qui s’entrechoquent, par exemple) et reprenant des motifs de l’histoire de la musique classique, du motet à la toccata, ou encore les principes du dodécaphonisme. Parallèlement à cette carrière commerciale, il poursuit cependant une carrière plus modeste dans la musique contemporaine, et tout particulièrement dans l’improvisation.

Dans le documentaire, Tornatore et Morricone s’attachent à décrypter les méthodes d’écriture de l’artiste. Armé de partitions vierges et d’un crayon, il écrit sans relâche, imaginant la mélodie dans sa tête sans même émettre un son. Sa vitesse d’écriture est assez fulgurante, et ses idées coulent dans un flot continu. Armé de sa formation classique, il combine les styles et crée quelque chose de totalement inédit. A chaque fois qu’il a senti qu’il se répétait, il a tenté de changer et de composer de nouvelles musiques.

Quand son ami d’enfance Sergio Leone lui a demandé d’écrire une partition pour le film Pour une poignée de dollars, Morricone s’est engagé sur la voie du western et sa composition très novatrice a été le début d’une longue lignée de musiques qui sont devenues emblématiques du style, avec riffs de guitare et sifflements caractéristiques. En 2008, Quentin Tarantino lui avait demandé d’écrire quelque chose du genre pour son nouveau long-métrage, The Hateful Eight, mais le compositeur ne le voyait pas de cet œil et lui a proposé une toute autre musique, beaucoup plus symphonique, qui lui vaudra son premier Oscar pour une œuvre spécifique (après avoir reçu un Oscar pour toute sa carrière quelques années plus tôt).

Le documentaire passe en revue la vie de Morricone par ordre chronologique, ce qui pourrait très vite sembler lassant, mais la diversité des musiques composées par l’artiste, le nombre d’extraits de films (il y a beaucoup de séries B italiennes mais aussi de grands films américains), les multiples interviews de gens qui l’ont connu ou travaillé avec lui créent un rythme qui fait que, comme spectateur, on ne s’ennuie pas. Tornatore a aussi utilisé un montage très dynamique, utilisant l’enregistrement de Morricone ou d’autres intervenants fredonnant l’une ou l’autre composition sur les images du film en question. Il montre aussi de nombreuses fois des versions alternatives des films, avec des musiques rejetées. Toute cette longue partie du documentaire est réellement passionnante, tout particulièrement quand on reconnaît les musiques ou les acteurs des films de l’époque.

Le film est long, 2 heures 36, et dans la dernière partie, il s’éparpille un peu. Tornatore se penche en effet sur l’influence qu’a eu Morricone dans le monde de la musique et cite des exemples du milieu rock, hip hop et jazz, montrant des images de concerts de Metallica ou Pat Metheny et des interviews de ceux-ci. Cette partie est plutôt superflue et très superficielle, transformant un film intéressant à la base en simple panégyrique. Tout au long du film, d’ailleurs, c’est Morricone qui est au centre de l’histoire et à aucun moment, il n’y a de critique de son travail ou de sa personnalité, sauf s’il en parle lui-même et qu’il précise qu’il était parti sur une mauvaise voie ou qu’il s’était disputé avec un réalisateur (il cite Sergio Leone). C’est un peu dommage, mais cela n’empêche pas que ce documentaire soit en grande partie très instructif, tout particulièrement pour apprendre à connaître comment un compositeur écrit sa musique dans les moindres détails et pour mieux appréhender toute sa carrière et ses plus de 500 compositions. C’est le portrait d’un homme dont l’importance et le génie sont avérés, même si, comme il le dit lui-même, il faudra attendre 200 ans pour voir si son nom est toujours cité, dans le même souffle que Mozart ou Bach.

Ennio : The Maestro – Giuseppe Tornatore

Italie – 2021 – 2h36


Texte: Anne-Sophie De Sutter

Crédits photos : Dalton Distribution

Une playlist et discographie :


Agenda des projections

Sortie en Belgique le 4 mai 2022, distribution Dalton Distribution

En Belgique francophone, le film est programmé dans les salles suivantes:

Bruxelles : Aventure, UGC Toison d'Or, Le Stockel

Wallonie : Charleroi Quai 10, Nivelles Ciné4, Rixensart Ciné Centre, Stavelot Ciné Versailles

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