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Critique

"Christo in Paris" - documentaire des frères Maysles (États-Unis – 1990)

Christo in Paris - (c) Christo
Au moment où ils tournent cette aventure parisienne de Christo et Jeanne-Claude, entre 1979 et 1985, les frères Maysles, qui connaissent le couple d’artistes depuis le début des années 1960, ont déjà réalisé deux films sur eux et leur travail, "Christo’s Valley Curtain" (1973) et "Running Fence" (1977) - et un troisième est tourné en parallèle ("Islands", 1986).

Au sein de la rétrospective des projets urbains de Christo (ING Art Center, Bruxelles - jusqu'au 25 février 2018), se trouve une salle dédiée à l’emballage du pont Neuf : autour d’une vaste maquette sont exposés une dizaine de grands dessins préparatoires – pour la plupart des objets hybrides, mêlant dessin, collage (parties de plans et photos coloriées) et toile cousue. Ce sont ces travaux préparatoires qui ont entièrement assuré le financement de l’entreprise artistique, depuis la confection de la toile à Armentières (un ancien fleuron de l’industrie textile, situé dans le Nord de la France) jusqu’à son déploiement par différents corps de métier dirigés par douze ingénieurs (200 personnes œuvrant sur le site).

Entre la conception de ce projet monumental et sa réalisation, dix ans se sont écoulés. Une décennie a été nécessaire pour venir à bout des contraintes techniques et des démarches administratives mais aussi – surtout – des « craintes » de quelques politiques de la ville de Paris et de certaines résistances de ses habitants.

Une fois réalisée, cette œuvre éphémère fut, à la surprise de beaucoup, une belle réussite !

Au moment où ils tournent cette aventure parisienne, entre 1979 et 1985, les frères Maysles (grands noms de l'histoire du documentaire, du « cinéma direct » en particulier), qui connaissent le couple d’artistes depuis le début des années 1960, ont déjà réalisé deux films sur eux et leur travail, Christo's  Valley Curtain (1973) et Running Fence (1977) et un troisième est tourné en parallèle (Islands, 1986). Ils connaissent donc certaines difficultés liées à leurs pratiques artistiques et la nécessité de suivre « les Christo », comme ils les appellent, sur le long terme, caméras à l’épaule.

Christo in Paris montre les espoirs et les frustrations du couple face à un certain scepticisme – pour ne pas dire dédain – de nombreux Parisiens qui ne voient aucun intérêt à emballer le plus vieux pont en pierre de leur ville, et la formidable énergie que les artistes déploient pour tenter d’arriver à leurs fins : organiser des opérations de séduction auprès du politique, des conseillers jusqu’au maire, Jacques Chirac, tout en veillant à « dépolitiser le problème », improviser des discussions avec des habitants du quartier (dans la rue, dans un bar ou dans les commerces alentour) pour les convaincre de la validité – et la beauté – du projet… et tous les rassurer avec un argument majeur : cela ne coûtera rien à personne.

Si le film s’intéresse à la dynamique enclenchée à propos du pont Neuf, c’est parce qu’elle est au moins aussi importante aux yeux des artistes que l’œuvre finale. Susciter les débats, encourager les échanges d’idées, et engager une réflexion collective sur l’art, sa représentation et notre rapport au monde, occupent une place centrale dans leur travail, bien qu’impalpable pour tous ceux qui n’ont pas vécu l’expérience. Ne resteront que des archives (films, reportages et photographies), des enregistrements sonores et – paradoxalement – les dessins préparatoires.

Cependant, le film n’est pas qu’une trace de cette dynamique étalée sur plusieurs années. Il s’attarde aussi à l’histoire du couple d’artistes, qui racontent notamment leur rencontre fortuite : lui, Christo Javacheff, réfugié bulgare sans le sou venu vivre à Paris, de formation artistique classique « stalinienne », est embauché par Précilda de Guillebon pour lui peindre le portrait. C’est là qu’il rencontre la fille de la commanditaire, Jeanne-Claude, née le 13 juin 1935 tout comme lui ! Et il se passa quelque chose…

En ouvrant le film sur ce qui apparaît comme une série de clichés propres aux étrangers s’imaginant un Paris romantique – Christo et Jeanne-Claude se baladant main dans la main, sur un bord de Seine, face au pont Neuf, avec La Vie en rose pour fond sonore – les cinéastes pointent une relation authentique dans le couple et la belle complicité qui les unit… ainsi qu’un amour indéfectible, sans lequel leurs entreprises artistiques n’auraient sans doute jamais été aussi abouties.


Marc Roesems


Doc sur le pouce - projection
Christo à Paris

PointCulture Bruxelles

Vendredi 1er décembre 2017 - 12h30


exposition
Christo & Jeanne-Claude - Urban Projects

ING Art Center, Mont des Arts
6 Place Royale
1000 Bruxelles
02 547 22 92

Jusqu'au Dimanche 25 février 2018


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