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Critique

CARNETS DE VOYAGE...

à voir plus tard

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Charles Tessier brûlait du désir de visiter de lointaines contrées, d’emplir ses oreilles de sons inouïs, de rencontrer d’autres musiciens et de se livrer avec délices aux joies du jeu instrumental. Il prit le large sur un de ces grands vaisseaux que l’on entendait craquer dans le port de Boulogne alors que le vent gonflait les voiles pour emporter hommes et cargaison à travers la Manche pour un voyage aventureux dont certains ne revinrent jamais. Pour unique compagnon de voyage il choisit un luth, un superbe instrument avec lequel il comptait charmer les oreilles des gens de qualité ou tout simplement, se tenir compagnie. La douce mélancolie de la cour élisabéthaine, traduite en musique par quelques Songs de John Dowland, ne lui ôta pas son envie de mouvement. Laissant à un éditeur londonien le soin de faire paraître son Premier Livre de chansons et d’airs de cour (1597), il redescendit la Tamise, franchit à nouveau la Manche, trouva une voiture en partance pour Paris et vint présenter à la capitale française le fruit de ses premières pérégrinations. Là aussi, il abandonna en 1604 un recueil d’airs et de villanelles qui lui assura la postérité et reprit la route vers l’Est, gratifiant la cour de Lorraine de quelques pièces à danser. En chemin, il nota l’un ou l’autre air suisse, s’émerveilla de l’art des compositeurs germaniques et poursuivit plus loin son périple, vers l’Empire de la Sublime Porte dont il avait entendu parler.
Des voyages réels ou imaginaires, il en revendiqua son lot. A-t-il été jusqu’en Arabie ? N’a-t-il pas tout simplement rencontré à la cour du Roi Mathias en Hongrie quelques musiciens turcs dont il a transcrit avec une pointe d’humour les chansons ô combien exotiques ? En 1610, après avoir dédié un recueil d’airs de cour au souverain magyar, Charles Tessier prit à nouveau la route vers l’inconnu et entra dans la légende. Où a-t-il disparu ? Vers quels rivages navigue-t-il encore, avide de rêves et de dépaysement ? Vincent Dumestre et le Poème Harmonique nous initient à cette odyssée nostalgique, agrémentée de reliefs sonores qui stimulent notre imaginaire et caressent nos tympans.
Anne Genette


 

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