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Des révoltes qui font date #61

4 décembre 1969 // Assassinat de Fred Hampton

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Dans les années 1960 l’organisation des Black Panthers, mouvement d’auto-défense de la population noire inquiète les autorités blanches. Le FBI fera d’eux l’ennemi public numéro un et entreprendra une campagne de harcèlement, de dénigrement voire d’assassinat. Howard Alk et Mike Gray se sont penché sur le cas du meurtre de Fred Hampton, envisageant leur documentaire comme une forme de combat, répondant à la nécessité de filmer pour témoigner.

The murder of Fred Hampton/ American Revolution 2

Howard Alk et Mike Gray

Dans les années 1960 l’organisation des Black Panthers, mouvement d’auto-défense de la population noire inquiète les autorités blanches. Le FBI fera d’eux l’ennemi public numéro un et entreprendra une campagne de harcèlement, de dénigrement voire d’assassinat. Howard Alk et Mike Gray se sont penché sur le cas du meurtre de Fred Hampton, envisageant leur documentaire comme une forme de combat, répondant à la nécessité de filmer pour témoigner.

En 1969, Fred Hampton a vingt ans. Il vient de fonder avec Bobby Rush l’aile de Chicago des Black Panthers. Son charisme et son discours lui attirera l’affection des foules, noirs comme blancs. Son parti associe un langage radical, appelant à la révolution et au renversement du complexe militaro-industriel blanc, à des actions concrètes, compensant par des distributions de vivres, des services légaux et financiers, les inégalités sociales qui touchent les noirs de Chicago. Bobby Rush, alors ministre de la défense des Panthers, est aujourd’hui membre du Congrès pour le parti démocrate. Fred Hampton est lui mort assassiné par la police lors d’une descente nocturne.

Howard Alk et Mike Gray sont cinéastes; Ils ont choisi de documenter leur époque, les manifestations contre la guerre au Vietnam, les luttes d’une gauche américaine aujourd’hui disparue, les mouvements étudiants et le combat des Black Panthers. Ils réalisent un premier film « American Revolution 2 » à partir de séquences tournées durant une des plus grandes manifestations anti-guerre à Chicago. Il dénonce ce qui sera une constante dans leurs films: la brutalité policière et les mensonges officiels. Le maire de Chicago, Richard Daley, et les différentes commissions locales et fédérales qui jugeront les « meneurs » de la manifestation, iront jusqu’à inverser les rôles, et transformeront les affrontements avec la police anti-émeute en émeute anti-police. La manifestation sera interdite, réprimée et ses leaders seront jugés pour « conspiration et incitation à la révolte », durant un long procès qui ne s’achèvera que quatre ans plus tard, par l’annulation de la condamnation des « Huits de Chicago »: Rennie Davis, David Dellinger, John Froines, Tom Hayden, Abbie Hoffman, Jerry Rubin, Bobby Seale et Lee Weiner.

C’est durant ce tournage que les réalisateurs rencontreront les Black Panthers de Chicago et son militant le plus prometteur: Fred Hampton. Ils filmeront de nombreuses réunions du parti, et de nombreux meetings publics, donnant la parole à un discours jusque là censuré ou pire, déformé, dans les médias mainstream. Lorsqu’en décembre 69, Fred Hampton est tué, avec Mark Clark, dans l’appartement de celui-ci, lors d’une descente de police, Gray et Alk sont contactés d’urgence par les Panthers pour filmer les lieux de ce qui est pour eux un assassinat politique, et que la police tente de masquer en fusillade, une fusillade qui aurait bien sûr été déclenchée par les occupants de l’appartement eux-mêmes. Les documents qu’ils vont tourner vont démonter un par un les mensonges de la version officielle. Ils démontreront qu’aucun coup de feu n’a été tiré de l’intérieur, que sur les nonante-neuf impacts de balles trouvés sur les lieux, un seul provenait des Panthers. Ils trouveront des témoins contredisant les dires de la Police, qui prétendait avoir été accueillie à son arrivée par un coup de carabine. Les Black Panthers et leurs avocats diffuseront ces images, et feront défiler dans l’appartement des milliers de personnes venues constater, de visu, les éléments qui remettent en cause l’histoire officielles, et accusent clairement le commando policier d’avoir procédé à une « liquidation ».

L’affaire ne se résoudra que par un compromis un peu bancal, les membres des Panthers arrêtés ce jour là seront libérés, toutes charges suspendues, en échange d’un abandon de l’enquête sur le procureur Hanrahan qui a ordonné l’assaut, et sur les services spéciaux de la police qui l’ont effectués. Cette enquête gênante, qui aurait pu remonter jusqu à l’implication du FBI dans l’assassinat, et la découverte de son programme de contre-espionnage, ciblant les militants noirs et d’autres organisations décrétées radicales. Ce programme, intitulé COINTELPRO, avait pour but d’ exposer, perturber, discréditer, ou sinon de neutraliser les activités des mouvements dissidents et leurs chefs. Si la mémoire de Fred Hampton est aujourd’hui réhabilitée, aucun des policiers participants à la descente, aucun des fonctionnaires ayant fabriqué les preuves couvrant leurs actes, aucun des officiels ayant ordonné l’assassinat de Fred Hampton n’a jusqu’ici été jugé.

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Le film donne abondement la parole au Black Panthers, utilisant les images d’Hampton tournées avant sa mort. Comme le court-métrage d’Agnès Varda sur le même sujet (« Black Panthers », 1968), il montre sans ambages un mouvement prêt à prendre les armes, militant clairement pour une nouvelle révolution américaine. Il montre un mouvement de gauche, potentiellement violent, mais aussi un mouvement dépourvu du racisme dont on l’a accusé. Contrairement à leur image officielle, manipulation destinée à effrayer la classe moyenne blanche en agitant le spectre d une révolte noire, les meetings appellent à une union des noirs et des blancs contre l’ennemi commun, les Etats-unis de Nixon, des jusqu’au-boutistes du Vietnam, du racisme, de l’autoritarisme, mais aussi au quotidien, des propriétaires véreux, des employeurs-exploiteurs, de la corruption et de la violence policière. A travers les portraits des officiels, Hanrahan et ses policiers, c’est aussi cette Amérique-là qui est décrite, bornée, raciste, violemment réactionnaire, et prête à tout pour conserver son pouvoir. Le film n’a rien perdu de son actualité.

(bd)

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