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Critique

Bellflower, les feux de l’amour

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cinéma américain, automobile, apocalypse

publié le par Michaël Avenia

Si l’amour est un monde en soi, alors l’apocalypse en est une éventualité. "Bellflower" a tout du film générationnel façon "Doom generation" ou "Trainspotting". Il porte en lui cette nonchalance adolescente capable de toucher un public tout acquis à sa cause et donc – conséquence logique – d’en écœurer d’autres qui n’y verraient qu’une vaste fumisterie branchouille.

L’histoire, pour originale qu’elle soit, est d’une simplicité toute nécessaire : obnubilés par l’idée d’une apocalypse imminente, deux amis se lancent dans la conception d’un lance-flamme. Mais l’amour passe par là. Bellflower est une variation pré-post-apocalyptique sur le thème inusable de l’amour, le vrai, celui qui se termine toujours mal.

Structuré en sept chapitres qui s’articulent eux-mêmes de façon peu conventionnelle, faussement linéaire, Bellflower ne cherche pas à singer l’onirisme d’un Lynch ou la cool attitude d’un Tarantino. Chaque choix esthétique, narratif se veut la caisse de résonance d’un récit viscérale et romanesque. Même l’abondance (voire la surenchère) de musique pop traduit au mieux cette saturation émotionnelle.
Si cette simple histoire d’amour ratée ne se veut nullement le porte-parole d’une certaine jeunesse désabusée, elle réussit malgré tout à fédérer une audience qui y trouvera un écho à ses propres souffrances, vécues ou fantasmées. Même si l’idée d’un monde apocalyptique façon Mad Max (une référence clairement affichée) est expressément énoncée, il serait malvenu d’évoquer un quelconque nihilisme post-adolescent. L’histoire ici contée évoque bien plus une douleur intime qu’un pessimisme de pacotille.

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Projet de longue haleine réalisé avec deux francs six sous, Bellflower est avant tout une affaire de bricolage. Ainsi Evan Glodell a-t-il utilisé pour tourner une caméra qu’il avait lui-même conçue. Réminiscence consciente de ce qu’a du être la préproduction du film, l’élaboration du lance-flamme, la remise à neuf de la Medusa (la voiture gonflée à la testostérone) se fait à partir de pièces chinées et d’un bonne dose d’huile de coude. Sans en être le sujet du film, cette débrouillardise – matérielle et humaine – reflète assez bien l’idée une certaine jeunesse précarisée pour qui le seul futur envisageable est un monde à reconstruire.

Dans Bellflower, tout se consume ; l’amour, les souvenirs, la peine. Tout doit s’embraser pour renaître tel un phœnix. Purificateur, assainissant ou révélateur, le feu, malgré sa symbolique destructrice, appairait ici comme l’élément essentiel au renouveau tout en évoquant bien entendu une force dévastatrice sans égal.

Plus qu’un simple exercice de style visant à s’attirer les faveurs d’une jeunesse désabusée, ce premier film d’Evan Glodell s’inscrit dans une logique du sentiment exacerbé. De ceux qui ne savent tricher ou travestir le mensonge en hymne d’une génération.

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