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Des révoltes qui font date #72

19 avril 1943 // Attaque du 20e convoi de déportés Malines-Auschwitz par trois jeunes résistants bruxellois

Thierry Genicot Facebook.jpg
Boortmeerbeek Nouveau monument à l'attaque du 20e convoi
L'attaque d'un convoi de déportés juifs vers les camps de la mort par des résistants est un fait, sinon unique, au moins rarissime dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Un documentaire radiophonique de Thierry Genicot inscrit cet acte de résistance dans un lieu artistique et culturel de Bruxelles, enregistrant la parole des derniers témoins.

Sommaire

Le 19 avril 1943 (hasard de l’histoire : aussi le jour où le ghetto de Varsovie se soulève), le convoi no 1233 quitte la caserne Dossin à Malines pour une « destination inconnue ». Il s'agit du vingtième convoi quittant la Belgique pour Auschwitz, avec à son bord 1 631 déportés juifs. Moins de 10 kilomètres après son départ, à hauteur du village de Boortmeerbeek près de Haacht, il est l'objet d'une action menée par trois jeunes résistants en vue d'en libérer les passagers. 231 prisonniers parviennent à s'échapper. De toute la Seconde Guerre mondiale, c'est l'unique épisode de ce type recensé en Europe de l'Ouest (un épisode similaire s'est déroulé en Pologne un mois plus tard et a conduit à la libération de 49 déportés).

Origine et préparation de l’attaque

En 1943, plusieurs membres du Comité de défense des Juifs (CDJ), dont Hertz Jospa, étudient avec le jeune résistant Youra Livchitz (âgé de 26 ans à l’époque) la possibilité d’attaquer un convoi ferroviaire vers les camps de la mort, pour en libérer les déportés. Mais devant le danger et le risque d’une telle opération, Jospa et le CDJ décident de ne pas se lancer dans un tel projet. Mais Youra Livchitz n’abandonne pas l’idée, et c’est avec une arme reçue la part des résistants libre-exaministes très organisés du Groupe G et deux amis aussi jeunes et novices que lui – Jean Franklemon (26 ans également) et Robert Maistriau (22 ans) – rencontrés dans l’atelier du peintre Marcel Hastir qu’il passe à l’acte.

Une nuit claire de pleine lune

Le 23 avril, ils quittent à vélo la place Meiser par la chaussée de Haecht en direction de Boortmeerbeek. Dans leurs sacoches, quatre tenailles, une lampe-tempête et un pistolet Browning modèle 1906 calibre 6.35 mm. — page Wikipedia « Convoi n°20 du 19 avril 1943 »
Revolver_et_lanterne de l'attaque du XXe convoi

lanterne et revolver de l'attaque du XXe convoi

Comment font-ils pour arrêter le train ? Ils placent un feu rouge au bord de la voie. Une lanterne d’amour. — voix off de La Cinéaste de Thierry Genicot

Une fois le train arrêté dans le virage de Boortmeerbeek, Robert Maistriau ouvre un premier wagon, dont 17 personnes s’échappent (d’autres, craignant un piège ou trop faibles, restent dans le train). Avant que le train ne redémarre, il n’a pas le temps d’ouvrir les portes d’autres wagons. Mais l’incident a donné l’idée aux occupants d’autres wagons de s’attaquer avec l’énergie du désespoir aux portes de leurs wagons depuis l’intérieur de ceux-ci, tandis que « le machiniste Albert Dumon, qui conduit le train, comprenant que des déportés tentent de recouvrer la liberté, applique volontairement à la lettre la réglementation ferroviaire, entre Tirlemont et Tongres (la ligne qu'il couvre) : mise au pas de la locomotive pour les franchissements de passages à niveau, ralentissements dans les courbes, arrêt d'une demi-heure à Borgloon en attendant une signalisation adéquate et arrêt complet lors d'un signal rouge… » (notice Wikipedia opus cit.) De nombreuses personnes sautent du train. Comme la nuit est claire à cause de la pleine lune, les Allemands abattent les fugitifs qui n’ont pas la présence d’esprit de se jeter au sol. Au total 233 personnes s’échapperont et 118 survivront.

Une tresse radiophonique à trois fils

La Cinéaste, fascinant documentaire radiophonique de l’homme de radio Thierry Genicot (auteur-réalisateur du Monde invisible, rendez-vous hebdomadaire des arts plastiques sur La Première) entrelace, comme une tresse, trois histoires imbriquées.

1/ Celle de l'Atelier, 51 rue du Commerce, dans le quartier Léopold où, dès 1935, le peintre Marcel Hastir organise des concerts, avant que le lieu ne devienne un lieu-clef des réseaux de résistance et de cache des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale...

Atelier Marcel Hastir

Atelier de Marcel Hastir, haut-lieu culturel et artistique depuis les années 1930 -- https://ateliermarcelhastir.eu/

En 1940, on y a fait une école de peinture pour sauver des jeunes gens, pour qu’ils ne soient pas pris par les Allemands. L’école libre de peinture a existé pendant toute la durée de la guerre et a été un centre important de la Résistance, malgré des visites régulières de la police allemande et, plus tard, même de la Gestapo. — Marcel Hastir dans « La Cinéaste » de Thierry Genicot

2/ Celle de Caroline Hack, La Cinéaste, en train de tenter de monter le financement de son projet de documentaire sur le sujet...

Marion Schreiber : "Rebelles silencieux"

3/ Et celle de l'attaque, le 19 avril 1943, du 20e convoi Malines-Auschwitz par Yura Livschitz, Robert Maistriau et Jean Franklemon. Pour traiter ce troisième élément de sa création radiophonique – celui qui nous intéresse le plus ici –, Thierry Genicot a l’occasion de recueillir la parole d’une série de témoins de première ligne, tous décédés depuis lors : Marcel Hastir (1906-2011), Robert Maistriau (1921-2008) – Youra Livshitz et Jean Franklemon étaient morts depuis longtemps, le premier fusillé par les Allemands en 1944, le second décédé en Allemagne de l’Est en 1977 –, l’infirmière-résistante Régine Krochmal (1920-2012), elle aussi échappée du 20e convoi, ainsi que la journaliste allemande Marion Schreiber (1942-2005), spécialiste de la Shoah en Belgique et auteure de l’ouvrage Rebelles silencieux consacré à l’attaque du 19 avril 1943.

Certains de ces témoins se souviennent, au micro de Genicot in situ, sur les lieux de l’attaque, le jour précis du 60e anniversaire de celle-ci.

Je ne sais plus si ces arbres étaient déjà ici… Soixante ans, c’est long pour un arbre. Soixante ans, c’est long pour un homme aussi ! — Robert Maistriau et Régine Krochmal dans « La Cinéaste » de Thierry Genicot


Philippe Delvosalle

Images : monument à l'attaque du XXe convoi à Boortmeerbeek (Wikimedia) / Thierry Genicot (Facebook)
La pochette du CD est une pochette La Médiathèque / PointCulture (le CD n'a pas été édité commercialement)