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Des révoltes qui font date #04

11 février 1990 // Après 27 ans de prison, Nelson Mandela est libéré, suivi très vite de la fin de l'apartheid

The Special AKA
Nelson Mandela, The Long March to Freedom, Maropeng, South Africa
La libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990, est l’aboutissement d’une lutte qui avait commencé des dizaines d’années plus tôt et marque la fin du régime de l’apartheid et des lois ségrégationnistes en Afrique du Sud. Cet événement a été partiellement provoqué par la contestation de nombreux artistes et tout particulièrement par la chanson « Free Nelson Mandela » de Special AKA.

Sommaire

L’apartheid, un régime ségrégationniste

En 1948, les électeurs sud-africains blancs (les Noirs étant privés du droit de vote) votent pour l’Afrikaner National Party (ANP), qui l’emporte avec une courte majorité. Commence alors un régime d’apartheid, de lois séparant les races et les peuples. Dès les années 1950, l’African National Congress (ANC) entame la lutte contre cette ségrégation, organisant des grèves et boycotts inspirés par le mouvement des droits civiques américain. Le trompettiste Hugh Masekela est l'un des premiers artistes à s’impliquer, notamment avec la chanteuse Miriam Makeba, dont la nationalité sud-africaine sera révoquée. Le 21 mars 1960, 69 personnes sont tuées et plus de 180 blessées quand la police ouvre le feu sur des manifestants à Sharpeville, un township du Transvaal, provoquant une contestation internationale et le début de l’isolement du pays. Nelson Mandela, une des figures de proue de l’ANC, est arrêté en août 1962.

Divers artistes s’inspirent de ces événements pour composer des protest songs : Ewan MacColl écrit « The ballad of Sharpeville » et Harry Belafonte s’associe avec Miriam Makeba pour un album en duo, An Evening with Belafonte/Makeba, comprenant diverses chansons zouloues et xhosa.

A la fin des années 1960, Steve Biko crée le Black Consciousness Movement (Mouvement de conscience noire ou BCM), s’inspirant du militantisme afro-américain des Black Panthers. Le BCM prend de l’ampleur suite au massacre de Soweto en 1976 (la police a tiré sur les participants d’une manifestation pacifique contre de nouvelles lois, tuant 23 personnes), de même que l’ANC, qui connaît à ce moment-là une certaine résurgence. Steve Biko est arrêté le 21 août 1977 et torturé. Il meurt en prison trois semaines plus tard. Très vite, il devient une figure centrale de la résistance à l’oppresseur, inspirant documentaires, pièces de théâtre, livres et chansons, notamment « The Death of Stephen Biko » de Tom Paxton (1978), « Biko’s Kindred Lament » de Steel Pulse (1979) et « Biko » de Peter Gabriel (1980).

A partir de ce moment, la mise en cause du régime de l’apartheid prend de l’ampleur internationalement et les Nations Unies instaurent un boycott académique et culturel de l’Afrique du Sud tandis qu’Oliver Tambo, leader en exil de l’ANC, lance une campagne antiapartheid en mettant un visage sur les victimes, et tout particulièrement sur Nelson Mandela. Nous sommes au début des années 1980 et de nombreux artistes s’intéressent à la question, écrivant des morceaux sur le sujet. Jerry Dammers des Specials est l’un d’entre eux.

« Free Nelson Mandela », la force de la contestation

Les Specials, un groupe britannique de ska et rocksteady avec une énergie très punk, a été formé en 1977 à Coventry autour du claviériste Jerry Dammers. Il a connu son heure de gloire à la fin des années 1970 et au début des années 1980, avec un premier LP, Specials, produit par Elvis Costello, et More Specials, un album plus expérimental aux influences pop et new wave. Après l’enregistrement du single « Ghost Town », trois des membres fondateurs quittent le groupe. Jerry Dammers trouve d’autres musiciens et renomme la formation The Special AKA. Ils entrent en studio en 1984 pour enregistrer un nouvel album. L’entreprise est assez laborieuse, et le disque manque d’un single.

Quand Jerry Dammers a commencé à composer ce qui deviendra « Nelson Mandela » (la chanson est aussi connue comme « Free Nelson Mandela », titre de la sortie américaine), il n’avait jamais entendu parler de l’opposant sud-africain mais connaissait le problème de l’apartheid. Il avait écrit une mélodie inspirée par les musiques africaines et avec une partie jouée aux cuivres mais n’avait pas encore écrit de paroles. Le 17 juillet 1983, il a assisté à un festival londonien, African Sounds, célébrant le soixantième anniversaire de Nelson Mandela. Pendant le concert de Hugh Masekela, le public chantait « Free Mandela », même s’il n’était pas encore l’icône internationale qu’il deviendrait par la suite.

Nelson Mandela

Free Nelson Mandela
Free, Free, Free, Nelson Mandela
Free Nelson Mandela
Twenty-one years in captivity
Shoes too small to fit his feet
His body abused but his mind is still free
Are you so blind that you cannot see

I say Free Nelson Mandela
I'm begging you
Free Nelson Mandela

He pleaded the causes of the ANC
Only one man in a large army
Are you so blind that you cannot see
Are you so deaf that you cannot hear his plea

Free Nelson Mandela
I'm begging you Free Nelson Mandela

Twenty-one years in captivity
Are you so blind that you cannot see
Are you so deaf that you cannot hear
Are you so dumb that you cannot speak

I say Free Nelson Mandela
I'm begging you
Oh free Nelson Mandela, free
Nelson Mandela I'm begging you
begging you Please free Nelson Mandela
free Nelson Mandela
I'm telling you, you've got to free Nelson Mandela

Quelques jours plus tard, Dammers écrivait le refrain tout simple de sa chanson : « Free Nelson Mandela ». Le groupe était une nouvelle fois en pleine désintégration et Dammers a fait appel à Elvis Costello pour superviser l’enregistrement. Si le sujet de la chanson est grave, la mélodie est joyeuse et invite à une célébration, même si la libération de Mandela n’a pas encore eu lieu.

Le morceau déferle sur l’Europe et l’Amérique, atteignant les premières places des hit-parades. Un large public prend conscience de l’existence de la ségrégation en Afrique du Sud et le mouvement antiapartheid devient la cause primordiale à soutenir à cette époque. Dammers reçoit des louanges de l’ANC et des Nations Unies, et malgré le boycott, la chanson est diffusée par moyens détournés en Afrique du Sud.

Nelson Mandela sera finalement libéré le 11 février 1990, six ans après la sortie de « Free Nelson Mandela ».


Texte : Anne-Sophie De Sutter

Crédits photos - à gauche : A bronze statue of Nelson and Winnie Mandela, The Long March to Freedom, at Maropeng, une photo d’Olga Ernst (wikicommons) et à droite : extrait de la pochette du single Racist Friend / Bright Lights de The Special AKA

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