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Critique

« Ali & Ava », un film de Clio Barnard

ALI & AVA
Une histoire d’amour improbable et délicate, qui révèle les failles d’une ville anglaise – Bradford – où chaque communauté vit dans son quartier sans se mélanger aux autres.

Sommaire

Ali

D’ascendance pakistanaise, Ali (Adeel Akhtar) se sent seul. Bien qu’il se soit séparé de son épouse Runa suite à la naissance de leur enfant mort-né, il vit encore avec elle dans une petite maison de Bradford, comme colocataires, mais cette situation les gêne tous les deux. Ali veut garder les apparences intactes ; il n’a pas encore annoncé la fin de sa relation à sa famille. Runa va de l’avant ; elle a repris des études et évolue maintenant dans un milieu tout différent. Ancien DJ banghra et électro, Ali est un homme apprécié dans sa communauté. Il est propriétaire de plusieurs maisons ouvrières et connaît tous ses locataires, effectuant l’une ou l’autre réparation chez eux et récoltant les loyers. Il possède une grande collection de vinyles rangés par couleurs et compose des morceaux de rap pour son plaisir. Il est très social et drôle, parfois très direct aussi et il a beaucoup de mal à tenir en place. Il dit d’ailleurs de lui-même qu’il passe de 0 à 100 kilomètres à l’heure sans même sentir l’accélération.

Ava

Assistante scolaire aux racines irlandaises, Ava (Claire Rushbrook) souffre également de solitude, même si elle s’occupe constamment de toute une ruche d’enfants et petits-enfants. Elle vit dans un autre quartier de Bradford, un quartier blanc mais qui possède mauvaise réputation (les taxis ne veulent pas y conduire les clients). Elle est séparée de son mari, entre-temps décédé. Son fils Callum, qui vit encore en partie chez elle, vient d’être papa et le bébé qui n’a pas encore de prénom est au centre des préoccupations, mais il y a aussi deux autres filles. L’une est maman, et bipolaire. L’autre est issue d’un mariage précédent, avec un homme d’origine indienne. Ava est une femme aimante et aimée de tous ; elle est formidable à l’école avec les élèves en difficulté et tente de guider au mieux ses enfants adultes et de distraire ses petits-enfants. Mais il y a une faille dans sa ville qui éclatera au grand jour.

Sofia

Un jour de pluie diluvienne, Ali vient chercher la petite Sofia à l’école d’Ava ; elle habite avec ses parents slovaques dans une des maisons qu’il loue et il est très proche de la famille. C’est une gamine pleine d’insécurités, qui a du mal à s’adapter au milieu scolaire et qu’Ava suit de près. Ali insiste pour ramener Ava chez elle. Ils sont tous les deux un peu mal à l’aise jusqu’au moment où une chanson des Buzzcocks passe à la radio. La glace fond et ils chantent les paroles à tue-tête. Ils se reverront, et la musique continuera à les rapprocher, même s’ils ont des goûts totalement différents : électro et techno pour Ali, folk et country pour Ava. Il y a une très belle scène où ils dansent tous les deux debout sur les canapés, chacun écoutant sa propre musique avec ses écouteurs et chantant chacun les paroles de la chanson en question, dans une des plus belles cacophonies. Ce moment de grâce est soudainement interrompu par l’arrivée de Callum qui explose, montrant une rare violence envers « l’étranger ».

Bradford

L’autre « personnage » important du film, c’est Bradford. Ville du centre-nord de l’Angleterre, Bradford a été au cœur de la révolution industrielle du 19e siècle, spécialisée dans la production textile. Elle a connu diverses phases d’immigration, en commençant par les Irlandais dans les années 1840, tandis qu’un siècle plus tard, ce sont de nombreux Indiens, Bangladais et surtout Pakistanais qui s’y sont installés. Comme le montre le film, chacune des communautés a investi un quartier particulier et leurs populations ne se mélangent pas, méfiantes l’une envers l’autre. C’est une ville dominée par les maisons ouvrières, quasi toutes identiques, souvent en briques rouges et noircies par la pollution des industries du passé. La réalisatrice Clio Barnard filme la cité avec amour. Même si ces maisons sont vieilles et parfois délabrées, ce n’est pas cela qui ressort de ses images. Il y a une certaine géométrie, une certaine linéarité dans ces rangées de bâtiments. Elle a choisi des points de vue particuliers, comme ce cimetière au sommet d’une colline montrant la ville qui s’étend en contrebas. Elle filme souvent à l’heure bleue, juste avant le lever du soleil, mais aussi en plein jour ou de nuit, avec les lumières colorées de l’éclairage public qui brillent et les néons qui créent une atmosphère particulière. Tour à tour, il pleut ou il fait plein soleil – une météo bien anglaise qui rythme la vie de tous les jours. Et elle suit le cycle de la lune qu’elle montre plusieurs fois dans sa phase la plus timide, celle d’un fin croissant qui domine le paysage.

Grace

Clio Barnard abord un sujet difficile, celui du racisme (le parti d’extrême droite qui a dominé la société anglaise durant les années 1970 et 80, le National Front, est toujours dans les esprits). Même s’il plane sur une grande partie du film, il n’est pas au cœur de l’histoire. C’est surtout celle d’une rencontre un peu insolite, quasi impossible, entre deux êtres perdus qui ont besoin d’affection. L’amour qui grandit entre Ali et Ava est très délicat et spontané en même temps. On les voit enlacés, au lit, mais Clio Barnard n’insiste pas sur l’aspect sexuel ; elle passe directement au petit-déjeuner. Elle a choisi une actrice de la cinquantaine, une femme normale, qui a vécu de nombreuses choses ; et un acteur au physique très typé, pas spécialement beau. Mais tous deux sont parfaits dans leurs personnages qu’a priori tout oppose. Pour écrire son scénario et construire son histoire, elle s’est inspiré de personnes réelles, interrogeant de nombreux habitants de Bradford et s’immisçant dans les diverses communautés locales. Et elle s’est entourée d’une équipe très féminine pour le tournage.

Il y a beaucoup de légèreté dans ce film qui pourrait entrer dans la grande lignée du cinéma social anglais à la Ken Loach, mais sans la noirceur de ce type de films. Il y a des ressemblances avec Rocks de cette autre réalisatrice anglaise, Sarah Gavron, pas tant dans l’histoire mais dans l’esprit. Et puis il y a cette grâce à la fin, Grace qui est aussi le prénom qui sera finalement donné au bébé de Callum.

Ali & Ava, Clio Barnad

Grande-Bretagne – 2021 – 1h35

Un autre film de Clio Barnard à PointCulture, The Selfish Giant (2013)


Texte : Anne-Sophie De Sutter

Crédits photos : Altitude Film Sales / Cherry Pickers


ALI & AVA - Poster

Agenda des projections

Sortie en Belgique le 23 mars 2022, distribution Cherry Pickers

En Belgique francophone le film est projeté dans les salles suivantes :

Bruxelles: Aventure, Le Stockel, Kinograph, Vendôme

En Wallonie: Rixensart Ciné Centre, Jodoigne L’étoile, Tournai Imagix, Charleroi Quai 10, Liège Le Churchill, Stavelot Ciné Versailles, Namur Cinéma Cameo

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