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L'évolution du prêt - FAQ

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Éléments de réponse aux interrogations les plus courantes formulées par les fidèles de la médiathèque de PointCulture.

Sommaire

Ces questions et interpellations qui nous parviennent par courrier, suite à l’envoi de la newsletter, sont formulées aux comptoirs des PointCulture, elles apparaissent dans les messages de soutien à la pétition en ligne.

Il est difficile de répondre à tout de manière détaillée. Et nul doute que certaines personnes ne seront convaincues par aucun argument venant expliquer les décisions prises dans le cadre de la nouvelle Convention signée avec la Fédération Wallonie-Bruxelles ! Et on peut le comprendre.

Néanmoins, répondre, dialoguer, expliquer, débattre fait apparaître que, sous la décision, il y a une analyse et un réel projet. Cela aide à mieux comprendre. Mais comme disait Bobby Lapointe : « Comprends qui peut ».

La dimension « macro » du numérique

Cela semble bateau, mais c’est quand même l’origine de toute la transformation vécue par la Médiathèque, depuis 2003. Le numérique affecte aussi, profondément, beaucoup d’autres opérateurs culturels. C’est une problématique qu’il faudrait attaquer à une échelle beaucoup plus large que celle de PointCulture.

Rappelons rapidement : l’arrivée du numérique, l’offre streaming des plateformes, la promotion du « clic direct » pour obtenir ce que l’on veut écouter et regarder, sans sortir de chez soi… Ces paramètres contextuels modifient la société depuis 19 ans et rendent peu à peu obsolète le modèle idéal d’accès aux biens culturels que l’on trouve dans une médiathèque. Cela représente bien la transformation radicale d’un environnement dont les enjeux nous échappent.

On nous dit souvent : "vous faites la même chose que les banques qui automatisent leur service". Il y a une différence de taille : pour les banques, le numérique est une aubaine pour organiser de manière plus rentable ; pour un opérateur culturel comme PointCulture, le numérique est quelque chose qui est subi.

Que peut faire un opérateur culturel face à une telle modification d’environnement ?

  • Transposer sa mission originelle – la défense de la diversité culturelle – dans d’autres modes opératoires (c’est le nouveau projet de PointCulture). Il est important que l’objet social qui fonde l’utilité des opérateurs culturels dans la société puisse rester un agent actif, face à la marchandisation globale de la culture.
  • Etudier, documenter l’impact de cet environnement sur les pratiques culturelles, sur les modèles culturels de société et diffuser le plus largement possible cette documentation sur le numérique : c’est notamment le cycle « pour un numérique humain et critique », organisé avec plusieurs opérateurs culturels.

Nous ne jouons pas un modèle contre un autre ! Le fait de défendre un nouveau projet ne signifie pas que l’on méprise ce qui a été fait, ou que l’on renie ce qu’a été la Médiathèque, au contraire, toute l’expérience engrangée nous permettra d’offrir de nouveaux modes de médiation culturelle, valorisant les collections rassemblées par PointCulture.

L’impact du numérique et la baisse d’audience du prêt

Ce contexte a un impact direct sur le modèle économique qui était le nôtre et reposait sur les recettes du prêt. Ces recettes sont en baisse constante depuis 2001.

Il convient de rappeler l’évolution du nombre de prêts :

  • En 2000-2001 : 4.117.931 prêts
  • Actuellement : autour de 300.000
  • Rien ne permet d'envisager une stabilisation : on prévoit de -20% à -30 % par an

Pour se rendre compte de ce que cela représente en transactions concrètes/humaines : si l’on divise le nombre de prêts par le nombre de jours ouvrables et par PointCulture, nous prêtons environ 100 médias par jour par PointCulture. Ce qu’il faut investir pour maintenir une offre digne de ce nom pour un résultat aussi résiduel est disproportionné. Cela pose question quant à l’usage de l’argent public.

(Et c’est ce qui a conduit le politique à justifier la dotation publique par d’autres missions que le prêt. Pour rappel, le cabinet de la Ministre a été clair lors des séances de travail préparatoires à la Convention : le prêt ne pourra plus justifier le subventionnement public.)

Oui, la culture ne doit pas être « rentable », mais il faut rester raisonnable. Le coût que représente le maintien d’une activité qui touche, finalement, si peu de citoyen-ne-s pose problème. Et si le pouvoir public avait appliqué une logique strictement comptable, en diminuant la subvention au fur et à mesure que le prêt baissait, l'association aurait déjà fermé ses portes depuis longtemps.

La subvention a été maintenue pour que PointCulture se repositionne dans le secteur culturel. Ce repositionnement est en cours et est perçu positivement par les pouvoirs subsidiants (et disons-le aussi, par un public important et par beaucoup d’opérateurs culturels).

Pourquoi un arrêt aussi « radical » ?

En laissant aller les choses selon la pente « naturelle », le prêt, l’achat de nouveautés – dont le budget a toujours été dépendant du nombre de médias prêtés – tout cela s’arrêtait de facto faute de combattants d’ici deux ans, trois ans tout au plus.

Le nombre d’heures de travail, répartis sur une trentaine de personnes, pour continuer à proposer une offre significative de nouveautés aux membres reste conséquent et empêche de repositionner l’association sur les missions prioritaires.

Or, c’est l’objet de la convention signée début 2019 avec la Fédération Wallonie-Bruxelles : en deux ans, l’association doit avoir finalisé sa réorganisation entamée dès 2003 et montrer qu’elle a pensé cette organisation pour « produire » de façon significative ce qu’on lui demande de produire (plus de projets transversaux avec les opérateurs culturels, une visibilité éditoriale pour l’ensemble des acteurs de la culture non-marchande…).

Là est bien la demande prioritaire de la Ministre.

Donc il y a un impératif de changer, vite et bien : c’est la pression mise par une convention de deux ans.

  • Nous avons examiné plusieurs manières d’y aller progressivement : ça allait poser plus de problèmes, ne pas libérer assez de temps de travail pour les missions prioritaires, générer encore plus de frustrations chez le public, compliquer la communication dans les années à venir.
  • C’est douloureux, mais il y a des avantages à une coupure nette et franche. Et cela apparaîtra bien au cours de l’évolution prochaine.

Les collections.

"Que devient tout ce travail qui a permis la constitution d’une collection extraordinaire ?"

La collection reste accessible en prêt indirect, sur commande, au départ de notre site web et dans nos espaces, et à terme, si l’étude faisabilité actuellement en cours abouti, du réseau des bibliothèques de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Concrètement, près de 340.000 médias (soit la moitié des médias actuellement présents dans l’ensemble du réseau) restera disponible pour le public.

La convention stipule que les collections doivent être intégrées de façon dynamique dans notre production de médiation culturelle. L’équipe de rédaction s’étoffe et ce sera, en partie, pour développer une ligne éditoriale spécifique pour valoriser ce patrimoine.

Les collections doivent donc se vivre d’une autre manière, dans un autre type de production, il reste à prouver en quoi cette collection est fabuleuse et permet, grâce à ceux et celles qui peuvent l’étudier, de commenter l’actualité, de raconter les origines et les évolutions de ce qui se passe aujourd’hui.

Néanmoins, un budget achat de nouveautés sera dédié à des acquisitions ciblées : selon des thématiques, en lien avec la ligne éditoriale…

Les collections ont été un vecteur d’accès et de diffusion de la diversité culturelle. Elles ne le sont plus de façon significative dès lors que le prêt physique devient résiduel. Les plateformes numériques, c’est aujourd’hui objectivé par des enquêtes, ne sont pas des outils de promotion d’une diversité culturelle effective dans le corps social.

La défense de la diversité culturelle doit emprunter d’autres voies : elle doit pouvoir s’appuyer sur une production éditoriale, des animations, une stratégie de communication. C’est l’essence du nouveau projet de PointCulture et de sa ligne éditoriale de « six enjeux sociétaux ».

Ce projet et cette ligne éditoriale incluent bien, encore une fois, la promotion des collections, sous d’autres formes.

"Vous n’avez pas fait ce qu’il faut…"

Quand on revisite l’histoire, on peut parfois être amené à ce dire qu’on aurait fait différemment. En l’espèce, les mesures prises pour affronter la mutation des pratiques culturelles semblaient cohérentes :

  • Nous avons joué sur les tarifs. Le prédécesseur de Curioso, souvenez-vous, c’était quasiment la gratuité ! D’où une avalanche de prêts, il aurait fallu engager pour suivre : mais aucun renouvellement des membres, quasi pas d’inscriptions de jeunes.
  • Pour le lancement de Curioso : campagne de pub dans le métro, diffusion de spots radios à destination d’un public jeune : aucun impact sur le renouvellement du public.
  • Lancement d’une plateforme de partages de conseils entre usagers et personnels : Mediavores. L’outil était bien pensé, succès d’estime au début, puis rapidement, désintérêt.
  • Ce fameux « retour des microsillons » : nous avons testé des nouveaux achats de microsillons. Sans succès. C’est un objet de collection, pas un support pour le prêt. Cela confirme que nous sommes dans une société où l’accès à la culture n’est plus celui qui prévalait. (Et le support « livre » n’est pas équivalent au support « disque »)
  • "Vous deviez tout numériser, vous n’avez pas anticipé, entend-on souvent : c’est n’importe quoi." On ne peut pas numériser ce que l’on veut comme on veut. Au début des années 1990, par contre, nous avons participé à un lobbying culturel européen en faveur de la transcription de la notion de « prêt public dans l’environnement Internet ». Cela aurait pu changer la face des choses (il faut le rappeler, beaucoup l’ignorent encore). Mais nous ne l’avons pas emporté. Les politiques ont écouté d’autres lobbys.
  • Nous avons essayé une plateforme de téléchargement. Peut-être n’avons-nous pas fait les choses complètement comme il fallait (il manquait une interface attractive, intuitive, avec de l’éditorialisation suivie, originale). N’empêche, même en faisant tout au mieux, on ne pouvait concurrencer les autres plateformes commerciales ; l’arrivée des offres streaming mit fin à cette expérience.
  • Nous avons lancé les bases d’un nouveau mode d’éditorialisation, ce que ne pourront jamais proposer les algorithmes. Cela a donné Archipel, Beat Bang, Belgium Underground… Mais aussi la création d'une équipe de rédacteur.trice.s, le développement du magazine (A Découvert, La Sélec, Détours…). Aujourd’hui, c’est ce modèle qu’il faut amplifier, en phase avec les programmations des partenaires et en puisant dans notre fonds historique.