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L'appel de l'Orient

Caravane de Marco Polo - carte de Cresques Abraham, 1375
De tous temps, les Occidentaux ont été attirés par l'Orient, qu'il soit très proche, aux portes de l'Europe, ou au contraire très lointain. Une playlist sous forme de voyage vers la Turquie, l'Iran, la Chine, le Japon, etc.

Sommaire

À partir du 18e siècle naît en Occident un mouvement marqué par la curiosité envers l'Orient, un Orient au sens large, allant du monde arabe au Japon. Cet intérêt se traduit dans la peinture mais aussi dans la musique. Cette fascination a connu des moments forts, notamment au 19e siècle avec le courant orientaliste, mais aussi plus tard, dans les années 1960 où de nombreux musiciens se sont inspirés des musiques indiennes. Aujourd'hui encore, les voyageurs parcourent les routes d'Asie, se perdant parfois dans l'incompréhension d'un monde tellement différent du leur. 

Ingres - Le Bain turc

Palettes est une collection de films courts (un peu moins de 30 minutes) écrits et réalisés par Alain Jaubert qui propose, à la manière d’enquêtes policières, d’analyser et de décomposer un tableau au moyen de techniques sophistiquées, de la toile aux couleurs utilisées, du contexte dans laquelle l’œuvre a été peinte aux personnages ou motifs qu’elle met en scène.

Parvenu au terme de sa vie, Ingres rassemble vingt-cinq femmes nues dans une toile amoureusement préparée : Le Bain turc. Un tableau qui suscite encore aujourd'hui autant la répulsion que la fascination.

L’extrait vidéo proposé ici n’est pas le film issu de la collection Palettes mais évoque le travail de l’artiste sur le tableau en question.




The Devil's Anvil : « Besaha » (1967)

Un album datant de 1967 et sorti le jour du début du conflit israélo-arabe de la guerre des Six Jours, ce disque fut enregistré aux États-Unis (dans l'atmosphère folk hippie de Greenwich Village). On y retrouve d'étonnantes versions de traditionnels grecs, turcs et moyen-orientaux à la sauce psychédélique, avec guitares fuzz, basse et batterie.  [DM]


Léonore Boulanger et Maam-Li Merati : « Dastgâh e Navâ » (2016)

Léonore Boulanger a appris l'art de la musique classique persane auprès de Maam-Li Merati, musicien iranien et docteur en musicologie. Au printemps 2015, ils ont enregistré ensemble cet album d'odes lyriques, de dastgâh à deux voix et instruments traditionnels. Matthieu Ferrandez et Jean-Daniel Botta les rejoignent avec de l'harmonium et de l'orgue d'une part (ajoutant un élément électronique) et du bendir et n'goni d'autre part.  [ASDS]


Farida Mahwash : « Come to Me in the Morning » [Pashto Folk Music] (1968-1969)

En 1968, le journaliste et traducteur hollandais Peter ten Hoopen part sur les routes du Proche-Orient et de l'Inde, suivant la voie de milliers de jeunes, hippies ou non, qui recherchent une autre vie, une nouvelle manière de penser, des aventures insolites, une spiritualité différente ou tout simplement une abondance de drogues. Son voyage durera trois ans et il en profitera pour enregistrer en cours de route de la musique traditionnelle, comme ce morceau pachtoune de Farida Mahwash, édité quelques années plus tard sur LP de la collection Folkways.  [ASDS]


Eric Dolphy : « Improvisations and Tukras » (1960) 

Les études du jazzman Eric Dolphy consacrées à la musique folklorique mondiale sont bien documentées. « Improvisations and Tukras » est pourtant un titre rare du musicien américain. À la base il s’agit d’une commande du danseur et anthropologue Drid Williams. Eric Dolphy enregistra ce morceau à New York en 1960 en compagnie de la joueuse de tabla Gina Lalli et du joueur de tamboura Roger Mason, Dolphy pour sa part y joue de la flûte. Même s’il est plus reconnu pour son jeu au saxophone alto, Dolphy affectionnait tout particulièrement cet instrument. On l’entendra d’ailleurs jouer un an plus tard de la flûte (sous le pseudonyme de George Lane) sur l’extraordinaire titre phare de John Coltrane, Olé. L’existence d’un tel morceau s’explique par l’intérêt que Dolphy avait pour les musiques indiennes. On sait qu’il a eu à l’époque des conversations avec Ravi Shankar à propos de certains des dispositifs d'organisation de la musique nord-indienne.  [DM]


Serge Gainsbourg et Michel Colombier : « Psychasténie » (1968) + Serge Gainsbourg, Sacha Distel et Brigitte Bardot : « La Bise aux hippies » (1967)

Après sa longue et fructueuse collaboration avec l'arrangeur Alain Goraguer, Serge Gainsbourg se met à travailler dès 1963 auprès d'un autre orchestrateur de génie alors seulement âgé de 24 ans, Michel Colombier. C'est durant cette période qu'ils composeront ensemble plusieurs bandes originales dont la plus aboutie reste sans aucun doute la musique du film de Georges Lautner, Le Pacha (1968). Extrait de cette BO, Le morceau instrumental « Psychasténie », face b du 45 tours de « Requiem pour un con » les montre en parfaite symbiose avec les tentatives anglaises et américaines d'incorporer des instruments indiens (ici le sitar) à leurs compositions pop. Parfois pourtant ces clins d’œil trop appuyés à la cause hippie sonnent un peu faux comme sur cette chanson (« La Bise aux hippies »), sorte de protest song exposant le rejet des symboles du capitalisme composée par Gainsbourg pour le duo Brigitte Bardot/Sacha Distel pour une émission de Maritie et Gilbert Carpentier, le Sacha Show. Si le morceau est tout de même une réussite, sur le fond on a quand même un peu de mal à y croire. Il suffit de regarder la vidéo pour constater que le trio est aussi à l'aise en hippie jouant du sitar ou de la guitare électrique qu'au sein d'une manifestation étudiante. Toutefois ces tentatives parfois maladroites seront annonciatrices quelques temps après de véritables sommets du genre (cette fois sans les clichés) en compagnie d'un autre jeune arrangeur talentueux Jean-Claude Vannier lui aussi connecté aux musiques orientales comme sur la BO du film, Les Chemins de Katmandou et bien évidemment sur l'intemporel Melody Nelson mais ça c'est une autre histoire.  [DM]


The Beatles : « Tomorrow Never Knows » (1966)

Tout a été dit ou presque sur cet incroyable morceau. C'est assurément avec les chansons « A Day in the Life » (pour la sophistication des arrangements) et « Eleanor Rigby » (pour l'audace formelle du choix d'un décorum musical uniquement orné de violons et de violoncelles), la composition des Beatles qui est allée le plus loin dans le psychédélisme et la recherche de nouvelles sonorités grâce entre autres aux moyens technologiques mis à disposition par les studios d’enregistrement de l’époque. 

« Celle-ci est complètement différente de tout ce qu’on a fait avant, il n’y a qu’un accord, et l’idée est que ça ressemble à un drone [bourdon] » dira en introduction de la première séance d’enregistrement John Lennon au producteur George Martin et à son assistant Geoff Emerick. Mais surtout Lennon qui n’aimait pas sa voix et qui faisait tout pour les convaincre de lui donner des couleurs différentes ou de la compresser leur lança au sujet des arrangements de « Tomorrow Never Knows » la consigne suivante : « …et je veux que ma voix ressemble à celle du Dalaï Lama psalmodiant depuis le sommet d’une lointaine montagne ! », de quoi déconcerter Martin et Emerick qui feraient pourtant tout pour trouver un moyen de satisfaire la demande de Lennon. La nature profonde des paroles de la chanson est à la base tirée du Livre des morts tibétain ; quant à la musique, elle s’inspire en grand partie de l’intérêt encore tout neuf de George Harrison pour la musique indienne. Tamboura, sitar et guitare s’entremêlent avec les arrangements vocaux et les rythmes lancinants générés et répétés à l’infini par Ringo Starr pour donner au final l’effet de drone oriental psychédélique voulu au départ. Un titre qui encore aujourd’hui semble en avance sur son temps.  [DM]


Four Tet : « Morning Side » (2015)

Basé sur un sample de la voix de la chanteuse indienne Lata Mangeshkar (issu du morceau « Main teri chhoti bahna hoon »), le musicien anglais Kieran Hebden (dont la mère a des origines indiennes et africaines) construit ce morceau très hypnotique à la manière des ragas indiens qui se réfèrent souvent à certains moments de la journée, le tout teinté d’éléments de musiques électroniques dans l’esprit même des albums réalisés depuis plus de vingt ans sous son pseudonyme de Four Tet.  [DM]


Chassol : Indiamore (2012)

Sur son deuxième album signé chez Tricatel, l'ancien claviériste de Phoenix et de Sébastien Tellier développe ses concepts « d'ultra-score » et « d'harmonisation du réel ». À partir d'enregistrements sonores et vidéos de musiciens indiens réalisés lors de deux voyages, Chassol sample, manipule, joue et crée de nouvelles mélodies. À la fois CD et DVD, album et documentaire, enregistré et tourné en juillet 2012 entre Calcutta et Varanasi, Indiamore nous entraîne dans un voyage fascinant au cours duquel se marient parfaitement musique indienne et harmonies occidentales.  [IK]


Arthur H et l'Asie du Sud-Est

Grand voyageur, le chanteur Arthur H entretient un rapport particulier avec l’Asie du Sud-Est. Ces dernières années, il s’est senti  « chinois » à plusieurs reprises. Tout d’abord, en chantant les tourments d’une jeune star chinoise – qui se nomme elle-même « The Queen of China » –  abandonnée par son aimé (« The Lady of Shangaï », 2005). Puis, dans la chanson « Lady is Back » (2008) où, à l’aide de voix vocoderisées, il incarne à nouveau la dame éplorée qui « renaît » en donnant la vie à un fils. Une expérience à vivre au travers d’un clip complètement barré.  [GD]


Sur l’album Baba Love (2011), Arthur chante « Le Paradis, il est chinois », gentil délire où il affirme qu’on est tous Chinois, et que c’est merveilleux ! En voici une version en concert qui finit en transe.  [GD]


Dans « Tokyo Kiss », titre phare de son dernier album Amour chien fou (2018), Arthur se propulse cette fois-ci au Japon. Arrangée avec son fidèle guitariste Nicolas Repac et interprétée dans un anglais minimaliste, cette love song fleure bon le funk éthiopien et le rock cambodgien. On peut la découvrir aussi au travers d’un clip étrange et sensuel où Arthur erre, masqué, dans les rues de la capitale nippone à la recherche de sa muse dans l’espoir de lui voler un baiser.  [GD]


Dick Annegarn et la Chine

À la fin des années 1980, le chanteur globetrotter Dick Annegarn fait plusieurs voyages en Asie du Sud-Est avec son amant eurasien. Durant ces années très « asiatiques », il est particulièrement touché par le courage collectif des peuples chinois qui ont dû affronter le gigantesque feu de forêt de mai 1987 qui ravagea une grande partie de la province de Heilongjiang au Nord-Est de la Chine. Bilan de la catastrophe : 200 morts et plus de 50.000 sans-abris. En un mois, plus d’un million d’hectares (dont 70% de forêt) sont détruits par les flammes ainsi que trois villes réduites en cendres dont Xilinji, 20.000 habitants.

Traversé par tous ces éléments, le géant hollandais crée alors « Xilinji », un de ses titres les plus ambitieux. La chanson sort sur Ullegarra (1990), durant sa période la moins médiatisée, et le titre n’aura pas l’écho qu’il mérite. Mais, voilà qu’aujourd’hui, pour notre plus grand bonheur, Dick nous en offre une nouvelle version, magistrale, sur son nouveau disque, 12 villes (2018), sur lequel il réinvente ses plus belles chansons urbaines avec un orchestre symphonique.  [GD]


Le jeu Okami HD 

Ce jeu d'aventures et d'action dispose d'un aspect graphique très particulier, et propose d'incarner la déesse Amaterasu réincarnée en un magnifique loup blanc, dans une quête pour redonner de la vie et de la couleur à notre monde terrorisé par de nombreux ennemis qui font régner les ténèbres. On se bat au moyen d'un pinceau, véritable prolongement du personnage incarné, qui sert également à avancer dans l'histoire. Parfait pour les fans d'ambiance japonaise.


Sofia Coppola : Lost in Translation (2003)

Comédie romantique ayant acquis le statut de film-référence, Lost in Translation ne manque de rien pour entrer à jamais au panthéon du 7ème art : un duo d’acteurs au sommet, une réalisation mettant à l’honneur le cinéma féminin, une participation sonore du groupe frenchie Phoenix [cf. ci-dessus Chassol], et, décor naturel de luxe, le Tokyo de ce début de siècle comme immense toile de fond.  [SD]


Stefan Liberski : Tokyo Fiancée (2014)

Adapté du roman d’Amélie Nothomb Ni d’Eve, ni d’Adam et dernière réalisation de son compatriote belge Stefan Liberski, Tokyo Fiancée esquisse, en toute légèreté, un portrait du japon contemporain. À mi-chemin entre une romance et un parcours initiatique, le film peut compter sur l’interprétation enjouée de l’actrice Pauline Etienne ainsi que sur une mise en scène léchée ne manquant pour autant pas d’une certaine liberté.  [SD]


Cypress Hill : « Band of Gypsies » (2018)

Avec le retour du mythique DJ Muggs en son sein, le groupe californien renoue avec les sonorités enfumées de ses débuts et nous offre ici un dixième album qui compte quelques perles.

Souvent habitué à échantillonner des sons de sitars et de musique indienne, Muggs sample pour le morceau « Band of Gypsies » un riff de guitare électrique psychédélique tiré du morceau « Satori Part III » sorti en 1971 sur l’album Satori du groupe de rock japonais Flower Travellin’ Band. 

Enregistré au Caire, le titre « Band Of Gypsies »  bénéficie aussi des flows des chanteurs et emcees Sadat et Fifty, artistes emblématiques du mahragan, une version electro et subversive du chaâbi. Tout ceci donne à ce titre un aspect envoûtant et quasi mystique renforcé par les sons de youyous.  [IK]


Une playlist de PointCulture

coordonnée par Anne-Sophie De Sutter

et réalisée par Michael Avenia, Simon DelwartGuillaume Duthoit, Igor Karagozian, Olivier LeoDavid Mennessier, Thierry Moutoy et Marc Roesems.


Image du bandeau : caravane de Marco Polo, par le cartographe Cresques Abraham, 1375