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Charleroi au cinéma

Miss Montigny - film de Miel van Hoogenbemt
Filmer Charleroi implique souvent une dimension sociale, mais il existe aussi des personnages plus légers, d'Odette (Toulemonde) à Spirou.

Sommaire

Les Mines (divers réalisateurs, 1911-1992)

Pendant deux siècles, les mines ont eu un impact profond sur la société belge, influençant la vie quotidienne de plus d'un million de travailleurs et modifiant durablement le paysage. Ce DVD accompagné d'un livre rassemble des films d'archives du 20e siècle, des actualités mais aussi de la fiction, du Limbourg à la région du Centre. Les abords de Charleroi sont montrés dès 1911, dans Au pays des ténèbres de Victorin H. Jasset; ce film muet a été tourné entre Couillet et Châtelet, au bord de la Sambre. La ville revient également au centre de l'attention lors de la tragédie de Marcinelle en août 1956 et lors des luttes contre la fermeture des charbonnages. Ce sont des documents historiques importants, témoins d'une époque révolue.  [ASDS]

 
Au pays des ténèbresCapture d'écran du film Au pays des ténèbres de Victorin Jasset


Et la vie
(Denis Gheerbrant, 1991)

Quand je filme seul, ce qui m’intéresse, c’est de casser le flux du vécu : on est dans une relation, on interrompt la relation, et on entre dans un film. Mon regard ne soutient plus la relation. C’est le fait de filmer qui est la relation. — Denis Gheerbrant

Pour son second film en 1984, Amour rue de Lappe le  cinéaste documentaire Denis Gheerbrant (Paris, 1948) avait cherché la diversité du monde dans une rue de 200 m de long dans le quartier parisien de la Bastille. Sept ans plus tard, « dix ans avant l’an 2000 », pour son cinquième opus Et la vie il cherche plutôt des témoignages qui peuvent se faire écho malgré l’éloignement géographique, sur un territoire éclaté, aux points distants de plusieurs centaines de km les uns des autres, aux marges de la francophonie – et, surtout aux marges de la gagne économique du marché – de Roubaix à Genève, de Marseille à Charleroi. Ce qui frappe le plus dans le film, c’est la qualité de l’échange que Gheerbrant instaure lors de ses tête-à-tête complices avec ceux qu’il rencontre lors de son périple – par exemple un fils de mineur à Bruay près de Béthune ou un fils de maçon accidenté dans les quartiers Nord de Marseille. Dans un film où la parole compte sans doute légèrement plus que l’image, le cinéaste inverse peut-être un peu le rapport dans ses séquences carolo, captant presque sans paroles, un train qui passe, une danse tournoyante dans un café populaire, un parapentiste s’envolant du haut du terril (lui dira quelques mots, faisant le lien entre ce lieu, ses jeux d’enfants, ses conneries d’adolescent et le plaisir magique de son sport de jeune adulte) et – surtout – le court plan, géométriquement coupé en deux et quasi muet, d’une petite fille adossée à un mur qui ne dira que son prénom, Aishé.  [PD]

Et la vie - (c) Denis Gheerbrant


Marchienne de vie
(Richard Olivier, 1994)

Le mal de vivre dans la région de Charleroi, et plus particulièrement dans la commune de Marchienne-au-Pont, autrefois centre de la production d'acier en Belgique, aujourd'hui véritable no man's land. Sur fond d'insécurité et d'angoisse, le cinéaste dresse le portrait saisissant d'un territoire à l'abandon et de ses habitants.

Dès les premières images, le film se présente comme une quête dont on ne connaît l’objet précis. L’auteur, en voix off, exprime son désarroi : « Je ne sais pas et je ne saurai sans doute jamais ce qui m’a poussé à faire un film sur Marchienne-au-Pont. […] Quel besoin a provoqué chez moi l’envie de partir à la rencontre de cette région, de ce pays, et de ceux qui s’y accrochent… Comme s’il n’y avait pas d’autre film à tourner. »

Aller vers l‘autre, entrer à son contact semble être une nécessité chez Richard Olivier, qui n’hésite pas à entrer dans l’image, à échanger, à questionner. C‘est une démarche quasi journalistique commune à tous ses films : aller au plus proche, au corps à corps pour mieux rendre compte… avec une prédilection pour la condition des plus modestes.

« Je dois beaucoup à tous ces gens que le hasard m’a fait rencontrer et connaître. Oui, je leur dois énormément parce que même si je ne les aime pas tous, je les aime quand même. »

Filmer l’autre à hauteur d’homme, et sans fard ; le dépeindre avec ses misères, grandes ou petites, ses travers et ses contradictions, quitte à montrer, quelquefois, ce que la condition humaine peut charrier de grotesque ou de sordide… Filmer, oui, mais sans juger.  [MR]

Marchienne de vie - (c) Richard Olivier


Miss Montigny (Miel Van Hoogenbemt, 2005)

A Montigny (cité fictive, jumelle de Montignies-sur-Sambre, aujourd’hui administrativement rattachée à la métropole carolo), Sandrine (Sophie Quinton), pas tout à fait 20 printemps tente vaille que vaille de penser à son avenir. Apprentie Vendeuse de fromages à mi-temps le jour et manucure en dilettante en soirée, elle nourrit le vague dessein d’ouvrir un salon de soin en compagnie de son amie Gianna. Fille unique (?) d’un couple rongé par la routine, l’ennui et durement éprouvée par l’absence de perspectives socio-économiques (le père, joué par l’acteur flamand Johan Leysen, est au chômage et la mère, campée par une habituée des films de Robert Guédiguian, la Française Ariane Ascaride, fait des ménages), elle hésite à suivre son petit copain qui part pour la capitale....   [YH]

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Les Convoyeurs attendent (Benoît Mariage, 1998)

À travers le cas à la fois drôle et touchant d’un homme à la recherche d’une gloire éphémère, Benoît Mariage dresse le portrait de toute une région avec ses mœurs, son mode de vie et sa culture. Film populaire par excellence, Les convoyeurs attendent développe un ton aussi caustique que questionnant, parfois dérangeant même en traitant de façon pittoresque cette « culture d’en bas » faite de défilés de majorettes, d’éleveurs de pigeons avec en toile de fond les terrils hennuyers.  [MA]


L'Étoile du Nord (Pierre Granier-Deferre, 1982)

Habitué des adaptations de Georges Simenon (avec Le chat ou encore La Veuve Couderc), Pierre Granier-Deferre s’attaque ici à la nouvelle Le Locataire. Il y retrouve pour ce faire Simone Signoret (dans l’un de ses derniers rôles) et Philippe Noiret dans une histoire qui donne plus dans la romance que véritablement dans l’intrigue policière. Le film propose des allées et venues entre l’Égypte et cet Hôtel du Nord à Charleroi.  [MA]



Jean-Jacques Rousseau, un portrait

Autoproclamé « cinéaste de l’absurde », Jean-Jacques Rousseau est sans nul doute le plus célèbre des réalisateurs carolos. Le visage masqué par une cagoule noire, l’homme était aussi volubile que discret. Défendant un cinéma de peu de moyens (ses films dépassaient rarement les quelques milliers d’euros), l’homme ne tournait qu’avec des acteurs non professionnels en quelques jours seulement. Reconnaissables entre tous, ses films (une quarantaine au total) étaient faits de bric et de broc et s’affirment au final comme un bel exemple de surréalisme ou d’absurde à la belge. Revendiquant haut et fort son anticonformisme, assumant pleinement la pauvreté de ses moyens, Jean-Jacques Rousseau développait régulièrement dans son œuvre d’anticipation les thèmes de l’insoumission et de la révolte face à l’obscurantisme politique ou autre. Aucun de ses films n’est sorti en salle et seuls quelques films ont eu droit à une édition DVD. Le documentaire Cinéastes à tout prix lui rend hommage.  [MA]



Dode hoek - Angle mort (Nabil Ben Yadir, 2017)

Le réalisateur des Barons et La Marche signe ici un polar sombre et nerveux. Du port d’Anvers aux ruelles obscures et mal famées de Charleroi, il fait déambuler son anti-héros, un flic intraitable décidé à rejoindre les rangs d’un parti d’extrême droite, tout en posant une réflexion pertinente sur l’intégration et les problèmes liés à l’insécurité et des méthodes qui sont mises en place pour y faire face. Le film s’inscrit bien évidemment dans la situation politique actuelle vécue en Belgique.  [MA]



Odette Toulemonde (Eric-Emmanuel Schmitt, 2007)

Charleroi offre un cadre peu commun pour une comédie romantique et c’est peut-être l’unique charme de celle-ci que d’avoir inscrit ses personnages dans une ville censée représenter le pire endroit au monde – ou presque. D’emblée, le contraste est posé entre le dur quotidien d’Odette – dont Charleroi est l’épicentre – et le caractère joyeux de notre héroïne. Son aptitude à léviter quand elle est heureuse nous vaut une promenade aérienne à hauteur des toits. Pour autant on ne triche pas sur les aspects sordides de sa vie : veuvage, enfants à charge, difficultés financières. Le paysage urbain dessiné par des cheminées d’usines qui crachent des fumées noires et des façades en briques foncées n’a rien de très  jovial si ce n’est qu’il y fait toujours beau. Par la force mentale d’Odette ? Face à elle, un Parisien riche et célèbre connaît une série de revers qui le propulsent hors de sa sphère de privilégiés. Paris contre Charleroi ? Même pour une comédie de ce calibre, le match n’est pas égal. L’affaire se résout donc à la mer, en terrain socialement et affectivement neutralisé. La morale du film se résume en une ligne : la beauté des choses réside dans le regard et non dans les choses elles-mêmes. Par transitivité, ce que le Belge est capable de supporter avec le sourire fait de lui, pour le Français maussade mais réceptif, un gentil antidépresseur.  [CDP]


Spirou, une renaissance (Laurent Boileau, 2004)

Courant 2004, c’est l’effervescence au siège de Dupuis à Marcinelle, où l’on fonde maints espoirs sur le duo Jean-David Morvan (scénario) /José Luis Munuera (dessin) pour relancer la série emblématique Spirou, au point mort depuis six ans. Entre agitation dans les couloirs, réunions de rédaction sous le regard déterminé de Thierry Tinlot, échanges créatifs de visu ou à distance entre les deux auteurs promus, premières cases réalisées à demeure (en Espagne) et en famille, et un bref historiques des équipes artistiques qui ont créé puis façonné un personnage et un riche univers qu’il s’agit de faire évoluer sans trahir, se pose aussi la question d’un 9e art devenu enjeu économique et symbolique à la croisée des chemins.  [YH]


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Une playlist de PointCulture

coordonnée par Anne-Sophie De Sutter


et réalisée par Marc Roesems, Anne-Sophie De Sutter, Philippe Delvosalle, Yannick Hustache, Catherine De Poortere et Michael Avenia