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Une histoire (critique) des années 1990 (de la fin de tout au début de quelque chose)

Smell's like 90's spirit

publié le par Sebastien Biset

Publié à l'occasion de l'exposition «1984-1999. La Décennie» présentée au Centre Pompidou-Metz du 24 mai 2014 au 2 mars 2015, l'ouvrage "Une histoire (critique) des années 1990. De la fin de tout au début de quelque chose", sous la direction de […]

"La Yougoslavie implosait. Les Zapatistes prenaient les armes au Chiapas. Au Rwanda on exterminait en masse. Partout les bulles spéculatives enflaient. Le bug de l'an 2000 faisait frémir. La techno et l'ecstasy multipliaient les nuits blanches. Nirvana rallumait la flamme du punk-rock. La France soudain était reine du football. De grandes grèves réveillaient le mouvement social, et les idéologues qui croyaient avoir vaincu le communisme commençaient à déchanter, pendant qu'Internet balbutiait et qu'un Président américain jouait son poste sur une gâterie.

Autre temps, si récent pourtant, que ce temps où prit naissance notre présent. Car dans l'intervalle entre la chute d'un mur, à Berlin, et l'écroulement de deux tours, à New York, c'est un monde qui a basculé, le nôtre, un monde et les certitudes qui le portaient : les certitudes de la fin (de l'histoire, du social, de la guerre...), vite corrigées par le retour de l'événement, et celles du bonheur néolibéral sans alternative, que les faits comme les nouveaux résistants s'appliquèrent à démonter.

Avec une perspective internationale, et la réunion de quelques fortes têtes - dont la plupart eurent alors vingt ans -, l'ambition de ce livre n'est autre que d'offrir la première histoire générale, plurielle et engagée, de la dernière décennie du XXe siècle : l'ère de la supposée « fin de l'Histoire » avait besoin de son manuel d'histoire, pour y voir s'entrecroiser culture et politique, pop et peuple(s), régressions brutales et nouvelles zones d'autonomie temporaire - et pouvoir passer, peut-être, de la fin de tout au début de quelque chose".

Lire également : http://www.slate.fr/story/90131/la-decennie-90-en-trois-dimensions

 

«1984-1999. La Décennie » (Centre Pompidou-Metz, du 24 mai 2014 au 2 mars 2015)

Cette génération est aussi la première à faire revenir, dans l’art, la mémoire des histoires de pionniers et d’explorations, toutes sortes de spectres et d’hologrammes, la désincarnation des toons, l’image des premiers pas sur la Lune, la voix transformée d’Armstrong. Ensemble, ils définissent d’autres rapports au monde, des formes de précarité, d’existences collectives, des modes d’expérimentation, de transgression et de détournements qui s’opposent aux (contre-)révolutions précédentes.

Depuis quelques années, cette question générationnelle ne cesse d’être posée à l’échelle internationale. Différentes publications, expositions, débats tentent de cerner ce moment si particulier où se constituèrent différents réseaux d’artistes, de critiques, de commissaires indépendants, d’écoles, de galeries, de centres d’art et de magazines ; autant de « situations » collectives qui fondent les bases d’un vocabulaire de l’exposition, une nouvelle manière de faire de l’art, d’être « contemporains », où se développèrent des aires de jeu, des films en temps réel, des temps libérés de la productivité.

L'exposition 1984-1999. La Décennie se saisit de cette décennie qui échappe aux définitions et met en faillite les tentatives historiques. En marge des rétrospectives et des compilations décennales, l’exposition est conçue comme un récit biographique à multiples entrées, composé d’objets, de sons, de voix, d’images, de documents.

L’exposition ne cherche pas à reconstituer une époque ou à sacraliser un temps idéal et perdu, mais plutôt à actualiser les formes et les procédures qui ont anticipé la création artistique d’aujourd’hui. À partir d’une enquête préalable auprès de quelques figures centrales des années 1990, il s’agit de collecter les objets et les sources qui ont traversé et inspiré ces années-là, de créer d’autres agencements non hiérarchisés entre les domaines de l’art, de la littérature, du cinéma, de la musique, de l’architecture et du design.

L’exposition est l’image-miroir de l’esprit des années 1990, que François Cusset définit ainsi : « Un monde où les “jeunes”, ceux du moins qui ont atteint l'adolescence au coeur des années 1980, ont dû réinventer contre un vide critique abyssal les modalités de la désertion et de l'exil intérieur, façonner des contre-mondes qui le rendissent habitable et des autonomies plus ou moins temporaires – un monde dissous où “être triste” tînt lieu en soi de rapport au monde et fut même, comme le dit l'un d'entre eux, “la seule manière de n'être pas tout a fait malheureux” ».

http://www.centrepompidou-metz.fr/1984-1999-la-decennie

 

 

 

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