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3 questions à Solveig Vinamont de WAPA (War-Affected People's Association)

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À l'occasion la Journée internationale de la lutte contre l’utilisation des enfants soldats, WAPA - une association belge qui lutte en faveur des (ex-)enfants soldats et des victimes de guerre - organise un grand événement de sensibilisation et une récolte de fonds.

Sommaire

Le 12 février : journée internationale de la lutte contre l’utilisation des enfants soldats


Rendez-vous le 12/02 de 18h à 21h, en Facebook live sur la page WAPA International.

Avec Charlie Dupont / Nicola Testa / Juicy / Chance / Sonnfjord / Atome / O.R.A / Sophie Clerfayt / Guillermo Guiz / Inno JP / Myriam Leroy / Catarina Letor / Guillaume Moulaert / David Antoine ...

Des spécialistes de la problématique des enfants soldats et des conflits armés seront également présents.

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Trois questions à Solveig Vinamont (WAPA)

- PointCulture : Qu’entend-on exactement par le terme d’« enfant-soldat » ? Peut-on parler d’un phénomène historique récurrent, ou au contraire d’une « caractéristique propre aux nouvelles formes de conflits modernes, et/ou circoncises à des zones géographiques bien précises » ?

-Solveig Vinamont : WAPA se base sur la définition de l’Unicef : "Au terme enfant soldat, on préfère aujourd’hui le terme d’enfant associé à une force ou un groupe armés. En effet, l’utilisation abusive des enfants en cas de conflits ne se limite pas au port d’arme ni à la participation directe au conflit. Certains enfants, filles et garçons, sont utilisés comme messagers, espions, porteurs, cuisiniers, voire comme bouclier ou objet sexuel. C’est particulièrement le cas dans les groupes armés non-étatiques comme les rebelles, les guérillas, les groupes terroristes, etc.

Certains enfants sont kidnappés ou recrutés de force, tandis que d’autres rejoignent les groupes armés parce qu’ils pensent ne pas avoir d’autre choix ou qu’ils se laissent influencer par de fausses promesses. Ce sont souvent des enfants pauvres, discriminés, abusés et traumatisés à vie (source Unicef).

D’après Amnesty International : historiquement, en temps de guerre, les petits garçons ont souvent été enrôlés comme soldats. Dans un lointain passé, certaines tribus considéraient que toute personne capable de monter à cheval était apte au combat, quel que soit son âge. Dans d’autres sociétés, on distingue l’âge d’apprentissage du métier de soldat et l’âge où l’enfant peut aller faire ses preuves au combat. Cette différenciation n’empêche pas que, dans les faits, de très jeunes garçons étaient des petits soldats en temps de guerre et ce jusqu’à la seconde guerre mondiale. Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, bien des conflits ont eu lieu, généralisant l’utilisation d’enfants au sein des groupes armés. De l’Irlande au Salvador, en passant par le Liban, l’Indochine et le Cambodge, les enfants sont utilisés comme bourreaux pour torturer les prisonniers, poseurs de bombes, soldats, kamikazes ou simplement porteurs.

Aujourd’hui, on recrute des enfants comme soldats dans une vingtaine de pays à travers le monde (Amérique latine, Afrique, Moyen-Orient et Asie). Il faut noter que les conflits s’urbanisent et que des milliers d’enfants criminalisés sont parfois considérés comme des enfants soldats.


- Quelle est l’origine du WAPA et quels sont ses buts, moyens d’agir et les zones où le WAPA porte ses actions ?

- Solveig Vinamont : Portée par la conviction qu’il était indispensable de transformer une profonde indignation en action, tout en offrant au public de quoi s’identifier plutôt que de quoi culpabiliser, l’association WAPA International (War-Affected People's Association) a été fondée le 8 août 2013 par Véronique Cranenbrouck et moi-même. Nous sommes deux jeunes trentenaires, amies, passionnées et déterminées. Notre projet est un peu fou : donner un autre visage à la coopération, celui de la subsidiarité ! En effet, WAPA a pour mission de récolter des fonds afin de soutenir des petites associations locales qui luttent pour la réinsertion des victimes de conflits armés (ex-enfants soldats, veuves de guerre, orphelins...) dans des pays post-conflit ou en transition vers la paix à travers le monde et de renforcer ainsi les capacités locales. WAPA est active en Ouganda, au Sri Lanka et en Colombie. Nous développons avec nos partenaires notamment des programmes de soins de santé, d’éducation de micro-crédits, d’industrie laitière, d’art-thérapie et de permaculture…


- Comment s’y prend-t-on pour « démilitariser » et « réinsérer » un enfant-soldat ? Possède-t-on des études sur les succès et difficultés de la réinsertion dans le cas des enfants-soldats ?

- Solveig Vinamont : Au niveau de la démilitarisation, il s’agit bien souvent d’un mandat confié aux opérations de maintien de la paix. Certains enfants fuient au moment du combat. Certaines associations locales négocient également la libération des enfants auprès des chefs rebelles des groupes armés. Nous ne sommes pas actives à ce niveau-là. Nous sommes actives au niveau de la réinsertion. En Colombie notamment nous soutenons un programme d’art-thérapie au sein d’un centre de réinsertion pour ex-enfants soldats âgés de 14 à 18 ans.

Il n’y a pas de données précises sur le succès de la réinsertion. Le gros problème c’est que comme c’est une pratique illégale et stigmatisante, de nombreux enfants ne bénéficient absolument pas de soutien. Pour ceux qui survivent, les conséquences physiques (blessures, sévices sexuels) et psychologiques sont dramatiques. De victimes, ils sont souvent devenus les bourreaux. Ainsi, la réinsertion au sein de leur famille et communauté est un processus complexe, parfois impossible, entachée par le manque de moyens et l’absence d’une vision à long terme. Les profonds traumatismes, la honte et la culpabilité mènent souvent à des situations inextricables : certains sont à nouveau enrôlés, deviennent des criminels ou se prostituent, d’autres encore disparaissent ou se suicident.


interview : Yannick Hustache

WAPA International asbl
22 rue de Rixensart
1332 Genval


+32 472 488 691
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solveig@wapainternational.org

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