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Systemfehler: une "donnerie" à Friedrichshain (Berlin)

Systemfehler - berlin - photo: goodmorningberlin
Que propose un magasin gratuit ? Toutes sortes d’objets, oui, mais pas seulement. C’est la gratification de se défaire de l’inutile. Et surtout, de nouer des liens dans une communauté d’intérêts citoyens.
La donnerie (ou magasin gratuit) du quartier de Friedrichshain, à l’Est de l’ancien mur, se nomme crânement Systemfehler, erreur du système. Anomalie à l’échelle de la ville et du devenir de la société capitaliste, démarche reconnue et validée par les visiteurs. — -
Systemfehler - berlin - logoD’origines sociales et de motivations diverses, ceux-ci poussent en grand nombre les portes de cet espace qu’on pourrait croire, avec un soupçon de mauvaise foi, dû aux mains d’un décorateur disposé à reproduire le goût contemporain du dépareillé. Ce serait oublier qu’une atmosphère chaleureuse née d’un mélange de styles, un empilement disparate peut aussi bien la cultiver sans que personne n’y soit pour rien, et que le hasard est un fringant artiste audacieux. D’ailleurs, le bidouillage et les aménagements de fortune sont un peu le fait du quartier de Friedrichshain. Du moins jusqu’à présent. Pour l’heure, les lieux alternatifs qui expérimentent de nouvelles façons de vivre, de consommer, d’occuper l’espace et de créer du lien trouvent toujours à se loger aimablement dans cette partie de Berlin que la gentrification n’a pas encore entièrement corrompue. Aussi, installé au rez-de-chaussée d’un immeuble appartenant à une coopérative, le magasin porte haut les valeurs de solidarité et d’écologie. Ne prétendre à aucune aide de l’État pour s’en remettre à la seule générosité des donateurs (pas toujours en nombre suffisant d’ailleurs) témoigne, de la part de membres de cette association, bénévoles pour la plupart, d’une volonté farouche de préserver l’authenticité et l’indépendance de leur action.
Systemfehler - Berlin - intérieurL’usage veut que l’on ne vienne pas les mains vides. Il n’y a, bien sûr, aucune obligation à  déposer certains objets en bon état dont on aurait soi-même plus que faire, mais il va de soi que toute personne en accord avec l’esprit des lieux ne peut que saisir dans ce petit rituel d’échange, l’occasion de respirer un peu mieux en se libérant de ce qui a cessé de servir. Chiffre raisonnable, le nombre maximum d’objets que l’on peut emporter est fixé à cinq. Il est vrai toutefois que l’abondance et la variété de l’assortiment ont de quoi affoler les chineurs : mobilier, vêtements, appareils électro-ménagers, éléments de vaisselle, jeux, livres, etc.

Si un bar à concert situé juste au-dessus du magasin, le Suppamolly, vient rajouter une dose supplémentaire de son et de couleurs à un programme déjà baroque et que le café attenant au magasin s’engage à servir, chaque vendredi, une sélection de plats végétaliens (bios, locaux, équitables), en cohérence avec le positionnement écologiste de l’association, quand on parle de ces éléments matériels et événementiels, il faut comprendre qu’ils ne sont encore que la vitrine, le point de relai concret vers quelque chose comme un idéal, une utopie… Une proposition de vie fondée sur l’entraide et l’échange de services. Et il y aussi, dans ce sens-là, des ateliers et groupes de parole (upcycling, massage, cours de langue, couture, dessin, des projections de films, etc). Et c’est comme si ce pan immatériel du projet constituaient sa part la plus significative.

Par ses ambitions politiques autant que par la cohérence de ses choix et le soin porté aux détails de son mode de fonctionnement, Systemfelher se distingue nettement des comptoirs de charité dont le lointain référent risque d’induire en erreur ceux qui ne verraient là qu’une aubaine, un moyen de s’approvisionner à bon compte, car le modèle relève ici, non pas de la bienfaisance ou du « bon plan », mais de la citoyenneté active et engagée. Les plus démunis sont inclus dans ce mouvement étant appelés, au titre de citoyens ordinaires ayant, tous autant que chacun, quelque chose à mettre en partage, talents, expériences, savoirs, métiers, à y jouer un rôle.    


Catherine De Poortere


Systemfehler
41 Jessnerstraße
10247 Berlin (Friedrichshain)

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