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Paysages résilients

interview, environnement, paysage, effondrement, résilience, Pierre Lacroix

publié le par Frédérique Muller

pierre lacroix paysage
Pierre Lacroix présente en aout 2017 son mémoire de fin d’études : "Paysages résilients, Approche systémique du Territoire post-effondrement". Il livre ici ses réflexions sur l'imaginaire de la ville du futur.

Quelques questions sur l'imaginaire de la ville du futur

- Pourquoi est-ce important de penser la ville aujourd’hui ?

- Pierre Lacroix : Il est crucial que chacun pense et construise la ville de son imagination. Car pour éviter le grand boulevard de la ville chiante, aseptisée et ordonnée, il faut parfois prendre des chemins détournés. Et se donner la possibilité de construire la ville ludique, habitée, celle où la vie prend le pas sur l’inerte, et où le désordre prend le pas sur l’ennui. Dans notre société, l’imaginaire collectif est aussi à recoloniser, pour que l’espace urbain soit la traduction des aspirations des communautés qui l’habitent.

 

- Quels sont pour toi les mots-clés et enjeux importants pour la ville de demain ?

- La ville de demain devra vivre un éveil. Sans énergie bon marché, elle s’apercevra que la vie hors sol n’est pas toujours viable. Une grande ville est un haut lieu d’innovation, mais aussi de dépendance à son hinterland. Une fois que le château de cartes s’effondre, on se retrouve tout d’un coup bien proche du sol. C’est aussi une opportunité de remettre les mains dans la terre et retrouver une gouvernance à taille humaine.

 

- À quel film, quelle séquence, penses-tu quand on parle de la ville au cinéma ?

- J’imagine un de ces films d’anticipation à la Blade Runner ou Black Mirror, où la ville devient un système hyper complexe et impersonnel, dans le sens où elle agit comme une entité propre qui n’a plus grand-chose d’humain. J’ai parfois l’impression que c’est cette-ville-là qui est en train de se construire lorsque la ville évolue sans prendre en compte les disparités locales et les initiatives citoyennes.

 

- Peux-tu citer un livre, un poème, une citation, une image, un tableau qui serait pertinent pour penser la ville de demain ?

J’aime citer de la littérature telle que La Ville frugale de Jean Haëntjens, où la ville doit pour survivre se réinventer et se remettre en question. Ce faisant, elle se découvre des aspects bien plus plaisants que la ville productive.

Il y a beaucoup d’outils qui permettent de penser la ville de demain. Certains projets urbains socialement ou écologiquement innovants, des lieux de partage, de culture, ou même les friches et les espaces à usage informel ou ponctuel, me semblent être des points-clé de la ville. Souvent, ils ne sont même pas reconnus par la ville elle-même mais ils me donnent l’impression d’être des émergences de la ville de demain.

Par contre, penser la ville de demain dans sa totalité est une autre affaire. On connaît des images de la ville écologique et high-tech à la Vincent Callebaut, ou les smart cities qu’on nous présente de plus en plus souvent comme étant notre seul avenir possible et souhaitable. Ces visions ne tiennent pas compte du socle physique sur lequel sont fondées nos villes. Comment imaginer une ville globale, construite sur la ville d’aujourd’hui avec les initiatives locales de demain ? Et comment relier ces initiatives pour que cette ville fasse système ?

J’imagine la ville de demain comme une entité qui, arrivée aux limites de sa complexité et de sa productivité, se réinvente. Dans un contexte de descente énergétique, la ville subit des chocs. La toile dont elle fait partie se brise pour partie, et elle doit s’y adapter. Les initiatives locales y fleurissent alors que l’ordre et la productivité s’effondrent. La ville de demain est un rude désordre où il fait bon vivre.

pierre lacroix paysage

(c) Pierre Lacroix

Les paysages résilients

En 2017, Pierre Lacroix, dans le cadre de ses études en architecture du paysage à Gembloux Agro-Bio Tech, présente son mémoire de fin d’études : "Paysages résilients, Approche systémique du Territoire post-effondrement".


Une approche systémique de l’accélération des crises environnementales, sociales et économiques permet de dégager une certitude : notre avenir n’est pas linéaire. Une hypothèse désormais réaliste est celle d’un effondrement systémique global dans les prochaines années. Face à un effondrement, de nombreuses questions se posent sur notre capacité à imaginer un avenir encore possible.

Par le biais de divers outils de communication, tels que la bande dessinée, ce document tente donc de répondre à la question, tellement importante : « à quoi pourraient ressembler nos paysages, après l’effondrement du système industriel ? »


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(c) Pierre Lacroix

Voici une brève description du paysage urbain post effondrement qu'il imagine :

  « La ville post-effondrement pourrait être avant tout constituée d’un tissu urbain discontinu. Certaines zones, vidées par un exode urbain massif ou jugées trop inhospitalières ou mal approvisionnées, y constituent autant de dents creuses où le milieu artificiel est en déprise. L’on peut y voit des décharges, des ruines, mais aussi des espaces dégagés pour y développer des micro-projets d’agriculture urbaine. C’est en effet là, au milieu d’une ville en ruine, que se rebâtit une résilience locale, au plus près des habitants. Entre déprise et reprise, la ville se reconstruit sur elle-même, en un large chantier permanent où s’établissent des projets éphémères.

Les infrastructures vieillissent et tombent en ruine. Les voitures individuelles ont disparu, libérant l’espace public de leur bruit, leurs odeurs, leur encombrement. Les mobilités qui les remplacent se partagent des rues sans qu’on mode prenne l’ascendant sur un autre. Le paysage urbain, en mutation progressive, s’apprécie lors de trajets à pied, à vélo, en charrette, en tram, toujours à vitesse modérée sur un sol irrégulier et dégradé.

La rue est un espace de passage mais aussi de vie, de travail, de commerce, de sociabilité. On y voit des marchés, des matières premières, des étalages, mais aussi une végétation spontanée qui s’incruste dans les interstices d’une ville qui n’est plus bétonnée. Les arbres y ont un rôle prépondérant, grâce aux nombreux services qu’ils rendent. Il n’est pas rare de passer dans une rue végétalisée, via un chemin central à l’ombre d’arbres fruitiers et entouré de petites parcelles potagères desservant les commerces et habitations. Dans ce réseau-là de rues, on chemine et on flâne. Sinon, l’on emprunte des avenues plus larges et praticables, où circule un charroi plus important.  »

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