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Nouveaux westerns - La parole est donnée aux artistes contemporains belges

Nouveaux Westerns - Affiche de l'exposition
Quelques années après leur sortie de l’école supérieure des arts de Mons ARTS2, six artistes exposent au BAM. Quels enjeux pour une telle exposition dans le paysage culturel belge et de surcroît à Mons ?

Il est rare que des plasticiens contemporains belges soient invités à exposer au cœur des musées des Beaux-Arts de leur pays. C’est le choix que pose pourtant celui de Mons (BAM) dans sa nouvelle exposition qui ouvrira ses portes ce 13 mai jusqu’au 27 août.

Nouveaux westerns propose de renouer avec la jeune création artistique du pays, sans pour autant miser sur les artistes tout droit sortis de l’école, mais plutôt sur des plasticiens ayant achevé leur cursus il y a environ une dizaine d’années. Au cœur du projet se trouve l’école d’art de Mons ARTS2, lieu de formation de chacun des artistes sélectionnés. Elle est en quelque sorte le fil conducteur de l’évènement.

Christophe Veys, commissaire de l’exposition (en duo avec Xavier Canonne), a répondu à nos questions. Il est professeur d’histoire de l’art à ARTS2 et collectionneur. Il vient nous apporter son éclairage sur les raisons de cette initiative qui, par ailleurs, soulève plusieurs interrogations concernant les enjeux globaux de la création artistique belge à l’heure actuelle et son lien intime avec les politiques culturelles de notre pays.

Que nous dit cette exposition à propos des artistes belges d’aujourd’hui et plus généralement, sur le milieu de l’art contemporain en Belgique ?

Le panorama proposé par le BAM est large avec une artiste graveuse, Leslie Leoni, un artiste visuel, Sébastien Lacomblez, une performeuse, Karine Marenne [cf. la photo ci-dessus] et trois collectifs s’exprimant à travers l'esthétique du street art avec Hell’o Monsters, des installations sonores avec VOID ou encore des installations sculptures avec DSCHTK.

Il y en aura donc pour tous les goûts et voici déjà qu’en découvrant cette sélection, nous distinguons un élément de réponse à notre question de départ : le milieu de l’art contemporain belge est diversifié, « plus que ce que voudrait nous faire croire la vision cloisonnée d’aujourd’hui ou celle que l’on voudrait exporter à l’international et qui le réduit davantage au filtre surréaliste d’un Magritte ou d’un Broodthaers » relève Christophe Veys.

À travers cette diversité, on constate aussi que les artistes belges d’aujourd’hui cultivent un intérêt pour différentes disciplines en évitant de se cantonner à un seul médium, de même qu’ils sont ouverts à une culture populaire qui ne s’invitait pas spécialement dans la production artistique de la seconde moitié du XXe siècle. On pourra par exemple observer durant la visite, de la tapisserie ou encore de l’art de rue en regard du large panel des techniques exploitées.

Cette exposition mérite une attention bienveillante puisqu’elle lève le voile sur la formation artistique dans le contexte belge en nous donnant une vision très concrète du travail produit par nos artistes. En outre, il est réconfortant de voir à quel point le processus créatif chez chacun d’entre eux est entrepris de manière si singulière bien qu’ils aient tous suivis une formation similaire. L’exercice auquel ils ont été soumis d’intégrer un objet provenant des collections de l’Artothèque de Mons dans la salle qui leur est réservée met l’accent sur les individualités en présence.

Cette proposition apparaît, pour la majorité des exposants, comme le point de départ d’un processus créatif, aboutissant à la réalisation d’œuvres conçues spécifiquement pour l’évènement et en résonance avec l’objet choisi. Les « machines à sons » présentées par le collectif VOID sont un bel exemple de cette dynamique de création. Elles ont découlé d’une réflexion centrée sur la mémoire sonore du Doudou en intégrant de facto un élément du patrimoine immatériel de la ville de Mons. Dans cette perspective, le lien entre les œuvres présentées et le lieu d’exposition se voit renforcé. Il intervient précisément dans la lecture des œuvres dont le sens et la consistance deviennent ainsi interdépendants de l’espace géographique. Cette manière de rattacher les œuvres à un patrimoine familier aux Montois peut notamment servir de porte d’entrée vers une meilleure compréhension pour les différents publics.

Quels enjeux pour une telle exposition aujourd’hui à Mons ?

Mise à part la volonté de créer une exposition qui soit avant tout un moment de rencontre en hissant le musée au statut d’objet vivant, susceptible de développer des liens entre les artistes et d’autres acteurs culturels, l’association d’une école et d’un lieu culturel phare de la ville de Mons, renvoie au désir croissant des institutions politiques de rapprocher l’enseignement et le secteur culturel. Pas surprenant d’ailleurs, que l’exposition ait été placée sous le patronage de la Ministre Alda Greoli qui depuis le début de son mandat veille à mettre l’accent sur cet enjeu majeur, notamment par la mise en place du parcours d’éducation culturelle et artistique (P.E.C.A).

Enfin, cette exposition est l’occasion de refaire un saut dans la capitale culturelle Wallonne et de constater les retombées positives découlant des festivités de Mons 2015. On le sait, les avis quant à ce qu’il reste de la Capitale européenne de la Culture sont loin de faire l’unanimité. Dans un article paru dans Le Journal de Culture et Démocratie sur les Capitales européennes de la Culture, on peut lire que si la ville de Mons est à présent en mesure « de créer des évènements culturels d’envergure, elle n’a pas pour autant renforcé son identité culturelle ». C’est certainement du fait que le grand reproche attribué à Mons 2015 est de ne pas avoir laissé de places aux acteurs culturels et artistes locaux ainsi qu’aux habitants de la cité…

Dès lors, on pourrait se demander si Nouveaux westerns serait une opportunité pour réparer cette « erreur » et redonner confiance à une population montoise dont la foi en la culture semblerait avoir sévèrement chuté ? Quoi qu’il en soit, on ne peut que saluer cette initiative du BAM qui offre une belle opportunité aux plasticiens belges de mettre les deux pieds au sein des institutions muséales trop souvent timides à l’idée de leur donner la parole.


Alicia Hernandez-Dispaux


photo en haut de la page : Karine Marenne « Art Maid » (2013)
(Pieter Vermeersh, Perrotin Gallery’s booth, Art Brussels, Bruxelles, 2013) Maquillage: Magali Gérard / Photos: Geert De Taeye – Avec la complicité de Duboisfriedland.

Nouveaux westerns
Six artistes sortis de l’école supérieure des Arts de Mons - ARTS²

Du 13 mai au 27 août 2017

Beaux-Arts Mons (BAM)
8 Rue Neuve
7000 Mons

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