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L'Islam, c'est aussi notre histoire !

Islam c'est aussi notre histoire 3
Une exposition à découvrir à l'Espace Vanderborght jusqu’au 21 janvier 2018

Sommaire

Du moyen-âge jusqu'à aujourd'hui

Petit rappel historique : non l’Islam n’est pas arrivé en Europe avec les vagues d’immigration économique à partir des années 1950. Il est pleinement constitutif de la longue et tumultueuse histoire du continent. Dès 711, via le Détroit de Gibraltar, le dénommé Tariq ibn Ziyad, aux commandes d’une armée composée majoritairement de Berbères, impose l’Islam sur une grande partie de la péninsule ibérique, et même provisoirement sur la région de Narbonne. C’est le début d’une période appelée Al-Andalous qui ne prend fin qu'avec la chute du royaume de Grenade en 1492, mettant un terme à la Reconquista.

Pourtant, de l’autre côté de l’Europe, et prenant, dès le milieu du XIVème siècle la suite d’un empire Byzantin déclinant, les Turcs Ottomans vont étendre leur emprise sur une grande partie des Balkans, et ce, jusqu’à la fin du XIXème siècle.

Deux expériences de cohabitation historique de longue durée mais sans guère d’équivalence possible. Et pourtant, toutes deux donneront lieu à des périodes de relative coexistence pacifique entres les fidèles des trois grandes « religions du Livre » qui partagent – on finirait par l’oublier – un solide héritage spirituel et historique commun. Tout en occupant une position soci(éta)le inférieure, et après s’être acquitté d’un impôt spécial, Juifs et Chrétiens (les Dhimmis) étaient en droit d’exercer librement leur religion au sein de leur lieu de culte propre.

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Différence notable, au sein de l’Europe ottomane, les Musulmans n’ont jamais constitué qu’une minorité dirigeante au sein d’un ensemble majoritairement christianisé et fragmenté. De fait, chrétienté et Islam se sont toujours côtoyés, parfois violemment, mais aussi, pacifiquement. En revanche, ils n’ont jamais cessé d’échanger, de commercer, de même qu'ils n'ont certainement jamais vécu chacun de leur côté, en vase hermétiquement clos.

Enfin, l’exposition revient sur la période coloniale des XIXème et début XXème siècle et la vague d’indépendance qui lui a succédé. Une décolonisation qui, en terres musulmanes comme ailleurs, va laisser des traces durables, souvent méconnues.

Effets de lumière...

Des séquences présentant des témoignages d’époque, de Chrétiens/Musulmans vivant sous l’autorité de seigneurs de confession différente dans des régions (selon l’inclinaison religieuse) conquises ou reconquises (Espagne, Sicile), rejoués par des acteurs d’aujourd’hui tournent en boucle. Ces vidéos constituent le fil rouge d’un premier étage qui baigne dans une relative pénombre.

En contraste, les effets, reconstitutions et autres objets exposés le sont dans des filets ou « jets » de lumière qui les mettent en évidence ou nous les font voir sous un angle particulier ou inédit. De fait, cette expo a davantage pour objet une civilisation qu’une religion et/ou son projet politique sous-jacent éventuel, la nuance est de taille !

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... et d'écriture

Dès le début de sa visite, le spectateur traverse une (fausse) bibliothèque pour nous rappeler que, en tant que civilisation dite du manuscrit, c’est via l’Al-Andalous (et Byzance) que les principaux textes et savoirs de l’Antiquité gréco-romaine ont été conservés puis progressivement transmis à un Occident qui les avait largement oubliés. C’est grâce à cet héritage, retranscrit et commenté, mais aussi lesté des apports complémentaires (notamment en médecine) de savants arabes tels Avicenne ou Averroès, que la Renaissance européenne a pu avoir lieu ! Quelques ouvrages sous cloche de verre, véritables œuvres d’enluminure et d’écriture somptueuse témoignent du soin inouï apporté à ce qui devait être le travail d’une (quasi) vie. Au mur, on déchiffre, amusés, une liste de mots empruntés par le français à l’arabe : élixir, mathématique, hasard, pyjama, alcool…

De beaux objets (science, art et artisanat)

D’autres objets tels des tapisseries et produits de luxe montre cet art de vivre raffiné et délicat chez les riches marchands et souverains. Un « luxe » que l’Occident découvrira (et importera par bribes) à compter des croisades.

Des tenues traditionnelles somptuaires, une tente berbère, un tapis, des outils et instruments perfectionnés (astrolabes), des produits de bouche « exotiques » comme les légumes et fruits (ognons, artichauts, les agrumes…) originaires de là-bas, mais surtout les parfums et épices (une chambre entière leur est consacrée) importées à prix d’or font partie des effets exposés !

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On oublie aussi qu’à l’apogée de leur splendeur, les Ottomans fascinaient à ce point les Européens par leurs coutumes et arts de vivre (fascination à sens quasi unique) que l’on allait bientôt parler « d’orientalisme » à propos de l’utilisation répétée de ces emprunts (parfois imaginaires) sur une assez longue période, et que l’on retrouvera aussi bien en littérature, en musique (La Marche turque de Mozart), en peinture que dans la mode, dans l’horticulture (les tulipes) et les arts de la table.

Cet attrait constant pour l’Orient lointain est également bien présent dans l’imagerie qui sous-tend le projet colonial des XVIIIème, XIXème et du début du XXème siècle. C'est l’Orient comme terre de conquête, d’investissement et d’aventure (« civilisatrice »). On retiendra aussi le changement furtif du statut symbolique de « l’autochtone » en temps de conflit mondial armé qui rejoint le métropolitain sur les affiches de propagande, alors que dans les faits, il devra se contenter des miettes (une pension de guerre réduite, voire absente) , et qu’il a assuré plus que sa part de boulot. Petite remarque critique : il est étonnement fait peu de cas de ce rôle souvent exemplaire (et du sacrifice) des troupes coloniales & nord-africaines sur les différents fronts des deux guerres mondiales.

Créations contemporaines : retour du politique

Un étage plus bas, changement radical de décor. Place à l’art d’aujourd’hui et au travail pluriel d’artistes qui interrogent leur époque autour de cinq thèmes on ne peut plus brûlants d’actualité : « les migrations », « entre deux mondes », « le vivre ensemble », « les traditions » et « la guerre en ex-Yougoslavie ». Des œuvres fortes, volontiers provocatrices dans le détournement de symboles lourds de sens (des burqas aux couleurs de nations occidentales).

À la dérobée, on se retrouve sans crier gare plongés dans les flots imaginaires mais meurtriers d’une mer Méditerranée, à la fois frontière et passage obligé des migrants sur les voies de l’exil européen. Ailleurs, ce sont mitaines et babouches suspendues entre terre et ciel qui attirent les regards et attisent la réflexion.

Islam, c’est aussi notre histoire ! tient autant de l’expérience sensible et interactive pour le plus grand nombre (à voir en famille donc) que du rappel d’une Histoire dont il est bon de souligner les tortueux détours et le maillage complexe. Une façon peut être de recontextualiser un présent si politiquement et symboliquement crispé.


Yannick Hustache


L'Islam c'est aussi notre histoire !

Espace Vanderborght
50 Rue de l’Écuyer 50
1000 Bruxelles

Jusqu'au dimanche 21 janvier 2018

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