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LGBT à Kinshasa et au Congo: état des lieux

Patou Izai, militant LBGT à Kinshasa - vidéo Children's Radio Foundation
Comme dans la plupart des pays subsahariens, le chemin vers l’égalité des droits entre personnes hétérosexuelles et homosexuelles est encore long.

En République démocratique du Congo, si aucune loi ne criminalise spécifiquement les relations homosexuelles, elles tombent néanmoins sous le coup des lois sur « la bonne moralité ». Or, en 2010 et 2013, des propositions de loi visant à pénaliser l’homosexualité sont arrivées sur la table de l’Association du Peuple. Aucune d’entre elles n’a été adoptée mais la Constitution ne reconnait cependant pas les minorités. Un flou juridique qui autorise toutes les interprétations, y compris les plus restrictives.

Comme dans la plupart des pays subsahariens, le chemin vers l’égalité des droits entre personnes hétérosexuelles et homosexuelles est encore immensément long. Et si les agressions physiques demeurent l’exception - à comparer par exemple avec la situation dans l’Ouganda voisin -, l’homophobie reste vivace dans une société congolaise qui cultive encore de nombreux préjugés. L’homosexualité est associée à une forme de sorcellerie ou d’occultisme, à une maladie mentale voire à une pratique « culturelle » importée par les blancs…

D’autre part, dans un pays très religieux comme le Congo, l’influence des églises chrétiennes et de certaines congrégations religieuses telles que Les Églises du Réveil, qui continuent dans leurs prêches à assimiler homosexualité à pédophilie et la « menace » du mariage gay (suite à son adoption par la France en 2013) à un « mal purement occidental », reste un frein sociétal puissant à un déblocage des mentalités.


Pour beaucoup, au quotidien, face au danger d’une stigmatisation quotidienne, l’anonymat est souvent une condition d’existence subie. Peur du rejet, du déshonneur (dans la famille), voire déni devant l’évidence, chasteté contrainte, jusqu’à la décision pour certains d’opter pour une « guérison » (?) selon les critères religieux. Pour d’autres c’est l’exclusion du foyer familial et le « regroupement » en communautés, avec aussi le danger réel d’une possible chute dans la prostitution. Non seulement ils sont bien davantage exposés aux risques d’infections sexuellement transmissibles (IST) et au SIDA que la population congolaise en général, mais il existe encore, au sein du corps médical congolais une sorte d’homophobie rampante à l’égard de patients homosexuels.

Les lesbiennes congolaises souffrent des mêmes maux que leurs homologues masculins, mais doivent en plus composer avec leur « statut » de femme africaine qui, aux yeux de la société traditionnelle se résume avant tout à leurs rôles d’épouse (entretenues par leur mari) et de mère. Ne pas se marier équivaut pour elles à se priver de soutiens économiques et familiaux. Si on a pu relever quelques cas de viol collectifs de lesbiennes « pour les remettre dans le droit chemin de l’hétérosexualité », ces faits restent heureusement fort rares. Et si des familles monoparentales existent au Congo, c’est de façon officieuse, sans aucun statut légal.

Mais les choses semblent doucement évoluer. Les autorités réalisent la nécessité d’améliorer la prise en charge médicale des populations cibles dans sa lutte contre le SIDA. Depuis 2014, la communauté LGBT de Kinshasa, qui a développé son propre idiome (le kipopo), célèbre la journée mondiale contre l’homophobie et ci et là associations et sites Internet donnent un peu plus de visibilité à la réalité LGBT au Congo.


Yannick Hustache

photo de la bannière: Patou Izai, activiste LGBT de l'organisation Jeunialissime

jeunialissime.wordpress.com/

https://jeunialissime.wordpress.com/

les émissions de radio Jeuniafrica de Jeunialissime:
soundcloud.com/jeunialissime


wikipedia.org/wiki/Droits_LGBT_en_Republique_democratique_du_Congo

360.ch/blog/magazine/2015/08/au-congo-une-communaute-lgbt-dans-lombre/

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