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Histoires pour une ville du futur | 3 questions à Frédérique Muller

Fred publi la ville
Dans la nouvelle publication de PointCulture, Frédérique Muller, responsable des projets Environnement, a cherché à saisir le récit qui accompagne le développement des villes, à questionner l'imaginaire, en particulier celui véhiculé par le cinéma.

- Quelle a été la genèse de ce projet d'envergure (la publication fait 274 pages) ? Pourquoi aborder la question de la ville du futur sous le prisme du cinéma ?

- Frédérique Muller :  La publication est le résultat d’un travail très intuitif. j'avais envie de montrer à quel point le cinéma pouvait être intéressant comme point de départ d'une réflexion. Le cinéma peut être considéré comme le miroir de certaines idées présentes dans la société, comme un reflet un peu passif. Mais il peut aussi être très actif dans le sens où il véhicule un discours qui peut coloniser très fort nos imaginaires dont celui du futur.  Deuxième chose, par-rapport au contenu, les villes du futur étaient à chaque fois imaginées de la même manière : de très hautes tours, très blanches, transparentes, des gens calmes, des travailleurs très efficaces qui occupent une place assez claire dans une société très productive. Une sorte de caricature d’un idéal qu’on nourrit dès maintenant. Au niveau de la mobilité également, on vole, on va vite, on se téléporte. A l'opposé de ce futur-là, on tombe très vite dans la caricature de la destruction de la civilisation. Comme si, l'alternative à la ville technologique serait pas de ville du tout.  L’architecture est réduite à néant et avec elle l'idée de toute organisation humaine harmonieuse. Ne reste plus que la poussière, au mieux, des villages fortifiés. La seule voie possible pour le bien-être de l’humanité serait l'hyper technologique.

- Face à ce constat, très bipolaire, existe-il des films qui, justement, proposent des alternatives ?

- Non, pas au point de créer un réelle troisième voie. Qu’il n’y ait pas d’alternative, je m’y attendais .Un des points auquel je ne m’attendais pas est, qu’aucune des deux visions n’est désirable. Quand on creuse un peu, même dans les villes super technologiques et modernes, un côté sombre se cache : lié au pouvoir. On retrouve une société qui est en général très totalitaire et qui impose beaucoup d’interdits et de régulations des comportements. Certains mots sont par exemple interdits. Pour arriver à cet "idéal", les libertés sont réduites et les inégalités exacerbées. C'est un autre point important : une petite minorité de la population vit au dépend d’une grande majorité, en générale reléguée dans des bidonvilles. 

Ce manque d’alternatives m’a poussé à chercher dans les livres. Pourquoi le cinéma est-il si pauvre, pas sur le plan des images, mais sur le plan de l'imaginaire ?  Toujours intuitivement, je me suis tournée vers Ivan Illich. Notamment sur sa notion de convivialité, d’outil convivial, qui s’oppose à un système contreproductif, qui s’autodétruit. J’ai alors considéré que la ville était devenue une institution très peu conviviale et contre-productive. C’est d'ailleurs l’axe majeur que j’ai déroulé en filigrane dans la publication, notamment dans la partie centrale pour terminer sur le dernier chapitre : que serait une ville conviviale au sens d’Ivan Illich ?

- Pour en revenir au cinéma : l'imaginaire de la ville du futur a-t-il évolué depuis ses débuts ?

- J’ai l’impression que cela n’a pas tellement bifurqué. La ville du futur est restée liée à un idéal très vertical. J’ai cherché à travers des lectures pourquoi est-ce qu’on tenait tant à cette verticalité, ce détachement du terrestre. Il y a là une volonté de s’éloigner de ce qui fait notre lien à la terre. C’est souvent aussi connecté au fait de s’éloigner de la nature, de notre affect mais, aussi de tout qui est attrait au féminin. Tout cela me rappelle une séquence d’un film datant des années 1930,  Things to Come, où un des héros conclut que l’humanité, à un moment donné de sa trajectoire, après avoir vécu un effondrement, doit choisir entre rester un animal - il fixe alors le sol - ou s’élever à la conquête de son environnement et il regarde vers le ciel. « Progress Beyond Progress » (Things to Come, William Cameron Menzies d'après H.G. Wells, Londres, 1936, 92 min). Cette verticalité reste fortement liée à l’idéal qu’on se fait d’un humain évolué.

Tout en poursuivant ce même idéal, le cinéma a toujours été lié au contexte de l’époque et a intégré une diversité de menaces : la pollution, le nucléaire, la surpopulation, les nouvelles technologies plus récemment, etc. Aujourd’hui, le cinéma traite plutôt une sorte de combinaison de ces problèmes.


Histoires : pour une ville du futur est disponible gratuitement dans tous les PointCulture, sur demande & en ligne.


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