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Balkan Trafik | Margareta Manole se souvient de Stéphane Karo

Stéphane Karo
Ce samedi 22 avril, le festival Balkan Trafik rend hommage à Stéphane Karo autour des trois groupes dont il a été le catalyseur: Taraf de Haïdouks, Mahala Raï Banda et Koçani Orkestar. Sa femme Margareta se souvient de ce (très) grand bonhomme...

Au début des années 1980, Stéphane Karo gravite déjà autour de l'officine Crammed Discs: en 1981 il joue de la batterie sur la face B du premier 12" (depuis lors réédité en CD) des israélo-bruxellois de Minimal Compact et en 1982 son propre groupe Des Airs (avec Catherine Jauniaux, Fanchon Nuyens - future Zap Mama - et Bob Vanderbob) sort son seul disque, Lunga notte (1982) sur le label de Marc Hollander.

Une petite dizaine d'années plus tard, à l'articulation des années 1980 et 1990, à la chute du régime du dictateur Nicolae Ceaucescu, il part à Clejani en « Tsiganie » roumaine à la recherche des musiques roms qu'il vient de  découvrir sur disque. Celui qui sera bientôt le « grand manitou » (rassembleur, passeur, producteur... amateur, l'amoureux, ami) des projets roms Taraf de Haïdouks, Mahala Raï Banda et Koçani Orkestar (tous signés chez Crammed) ne sait sans doute pas encore que sa vie est en train de basculer et vibrera désormais - jusqu'à sa mort le 15 novembre 2016 - au rythme de ces musiques.


Sa femme Margareta, qu'il avait rencontrée là-bas, se souvient avec beaucoup d'émotion de leur rencontre...

« C’était pendant l’été en 90, j’étais en train de marcher dans la rue quand une voiture avec une plaque inconnue s’est arrêtée à ma hauteur.

À l’intérieur, il y avait trois hommes et deux femmes, dont l'une parlait le roumain.

C’était Marta Bergman, Maryana Vukadinovic, Frédéric Fichefet, Klaus Reimer et Stéphane, bien sûr.

Elle m’a demandé si je savais où se trouvait Ion Manole .

Je lui ai demandé duquel elle parlait, car mon frère porte le même nom que notre grand-père.

Ils cherchaient un vieux violoniste : cela allait être le début du Taraf, la genèse de sa formation.

Je leur ai indiqué le chemin qui les conduirait en « Tsiganie », c’est ainsi qu’on appelle la partie du village où les Tsiganes habitent et se réunissent. Et ils s’y sont rendus.

Il était inhabituel de voir des étrangers à l’époque, puisque le régime communiste venait tout juste d’être renversé.

Plusieurs mois après, par hasard, j’ai l’ai revu. Je m’en souviens parfaitement.

Le soleil vient de se coucher, je vais en boîte de nuit.

Une fois là-bas, j’aperçois un grand gars, immense. J’étais très impressionnée par sa taille et par ses habits, il portait un pantalon trop court. À ce moment-là, je n’avais pas la moindre idée que j’allais faire la plus importante rencontre de ma vie. — Margareta Manole

Ce gars, c’était Stéphane. Pour lancer la conversation, je lui ai demandé comment on dansait dans son pays.

Là-dessus, il sort un petit dictionnaire de poche roumain-français et il m’explique quelque chose, mais je n’y comprends rien. Après coup, j’ai compris qu’il me demandait mon prénom, si j’habitais en Tsiganie, et si j’avais la télévision à la maison.

Drôle de type, mais débrouillard aussi puisqu’il était parvenu jusqu’ici et qu’il avait déjà commencé à trouver ses musiciens.

On a parlé grâce au langage des mains, dansé, et ri cette soirée-là. Quand j’ai décidé de partir, il m’a accompagnée jusqu’à chez moi, et je lui ai laissé ma chambre.

Le lendemain matin, ma grand-mère a débarqué en panique, disant qu’il y avait un grand étranger dans la pièce, et que ses pieds dépassaient du lit. — -
Stéphane Karo - noir et blancOn a ri de cette histoire toute notre vie ensemble, Stéphane et moi.


Il est reparti dans l’après-midi, mais j’avais quand même peur des racontars et de ce que pourraient dire les gens du village quand ils apprendraient qu’il y avait eu un étranger chez nous.

Il est tout simplement parti sans rien dire.

Évidemment, il n’en avait pas fini avec la Roumanie ni avec le Taraf puisque, peu de temps après, il allait m’envoyer un colis, me demandant de solliciter un passeport et un visa pour l’Europe.

Il me proposait de partir en vacances en Belgique avec lui. C’est amusant, parce que mes vacances durent depuis le 24 août 1991 , avec deux enfants sur la route puis une troisième.

Malheureusement, l’année dernière, il a décidé de faire la fin du voyage de son côté. »

 


Margareta Manole

- merci à Marc Hollander -

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