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Bunuel, le subversif | Analyse de films par Olivier Lecomte

25/02 > 01/04/2021 le Jeudi de 18h00 à 20h00 - PointCulture ULB Ixelles

Bunuel le subversif Olivier Lecomte

publié le

Au cœur du cinéma de Bunuel, on trouve la subversion et la remise en cause des valeurs traditionnelles, des codes sociaux, de notre perception du réel, du langage cinématographique…

Du coup de tonnerre d’Un chien andalou, qui lui a permis d’intégrer le groupe surréaliste en 1929, aux films français de sa dernière période (Belle de jour, Le charme discret de la bourgeoisie, Le fantôme de la liberté…), Bunuel n’a cessé d’approfondir son entreprise de dynamitage des conventions cinématographiques. Même dans sa période mexicaine (Los Olvidados, La vie criminelle d’Archibald de la Cruz…), où il n’a pas eu la même liberté de choix, Bunuel s’est montré d’une belle intransigeance. Au fil d’une carrière marquée par les bouleversements politiques, notamment la guerre civile espagnole, il n’a jamais perdu de vue son objectif premier : nous inviter à ouvrir grand les yeux sur la part de mystère que comporte le réel. Car ce dernier est irréductible à tout système théorique ou à toute idéologie. Contre l’abstraction de l’esprit, Bunuel a toujours choisi la vie.

  • Jeudi 25/02 | Insaisissable Bunuel

L’œuvre de Bunuel, qui court sur un demi-siècle, a toujours échappé à ses commentateurs, tout comme l’homme lui-même. Voici comment Jean-Claude Carrière, un de ses plus proches collaborateurs, décrit Don Luis : « Extrême richesse d’un personnage qui, par nature, vivait à l’aise dans des contradictions jugées par d’autres insupportables : non-artiste faisant du grand art, athée nourri de christianisme, bourgeois antibourgeois et par-dessus tout Espagnol, mais Espagnol banni, qui fit l’essentiel de son œuvre à Mexico et à Paris. Pour moi, il est avant tout, sous son apparence presque candide et sa générosité de bon pain, l’image du plus total secret.»

  • Jeudi 04/03 | Une enfance fondatrice

Comme Fellini, Bunuel a été profondément marqué par ses origines provinciales. Son enfance à Calanda et à Saragosse, dans la province d’Aragon, a été nourrie par les fêtes et les interdits religieux. Et s’il perd la foi à quatorze ans, il éprouvera toujours une fascination pour la symbolique chrétienne… et les hérésies dont il fera plus tard le thème principal de La voie lactée. Quant à sa vocation de cinéaste, elle naît avec la fascination qu’il éprouve pour Les trois lumières de Fritz Lang et sa vision quasi familière et bienveillante de la mort.

  • Jeudi 11/03 | De Madrid à Paris

Deux grandes étapes marquent les années de formation de Bunuel. Son séjour à la Résidence des étudiants de Madrid où il se lie d’amitié avec Federico Garcia Lorca et Salvador Dali. Et Paris où il devient assistant de Jean Epstein qui le licenciera car il ne partage pas son admiration pour Abel Gance. Vient ensuite la rencontre avec les surréalistes et le coup de tonnerre, en 1929, d’Un chien andalou. Avec L’âge d’or, Bunuel élargit son propos et fait scandale avec ses attaques frontales contre la famille, la patrie et la religion. Le film est interdit par le préfet Chiappe et ne sera remontré qu’en… 1981 !

  • Jeudi 18/03 | La période mexicaine

Au Mexique, Bunuel entre dans un système de production de films de genres à petit budget et avec des acteurs souvent imposés. Mais en 1950 Los Olvidados marque un nouveau départ. Bunuel y montre la face cachée d’une grande métropole, le Mexico des bas quartiers avec ses gamins des rues et ses jeunes délinquants, comme il dévoilait jadis la part inconsciente de notre psychisme. Le film, dans un premier temps, est violemment attaqué au Mexique et même en France par Georges Sadoul. Mais il procure à Bunuel une renommée internationale via le prix de la réalisation au Festival de Cannes.

  • Jeudi 25/03 | Les grands obsessionnels

Dans El ou La vie criminelle d’Archibald de la Cruz, Bunuel décrit des personnages qui suivent leurs pulsions de manière radicale au risque de tomber dans les pires excès. Jacques Lacan montrait El à ses étudiants de Sainte-Anne et y voyait une description clinique parfaite de la paranoïa. Quant à Archibald, un épisode de son enfance a lié profondément dans son esprit Eros et Thanatos au point qu’il ne peut s’empêcher de vouloir assassiner les femmes qu’il désire. Fidèle au Marquis de Sade, qu’il a lu avec passion, Bunuel nous donne avec ces deux films mexicains des portraits fulgurants de grands obsessionnels.

  • Jeudi 01/04 | Retour en France

En 1963, avec Le journal d’une femme de chambre d’après Octave Mirbeau, Bunuel s’associe au scénariste Jean-Claude Carrière et au producteur Serge Silberman. Le trio donnera un air de liberté prodigieux aux films de la dernière période comme La voie lactée, Le charme discret de la bourgeoisie ou Cet obscur objet du désir. Bunuel y déconstruit la linéarité du récit, abolit le principe de non-contradiction (c’était le but ultime des surréalistes rencontrés dans sa jeunesse) et piège à tout moment le spectateur trop confiant.


Olivier Lecomte bio

Licencié en philosophie, critique pendant vingt ans à (Télé)Moustique, Olivier Lecomte a dirigé le supplément belge du magazine Studio, collaboré à l’émission Télécinéma de La Une et a écrit pour Cinergie, L’événement, Dimanche Matin, Gaël… Ayant fondé le cours d’analyse de films La Toile filante, il donne actuellement des formations à l’Université des Aînés (UCL), à PointCulture de l’ULB, à l’Ichec- Cultures, à l’Espace Delvaux, à l’Espace Senghor… Il anime régulièrement des rencontres publiques avec des cinéastes (Agnès Varda, Bertrand Tavernier, Claude Lelouch, Fernando Arrabal, Tony Gatlif, les frères Dardenne…) et a obtenu en 2005 le Prix de la critique décerné par la Communauté française.

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